Le premier tour des élections municipales : un vote contre la droite au pouvoir et sa politique

13 Mars 2008

Au lendemain du premier tour des municipales, les dirigeants du PS se gardent de trop pavoiser, et ceux de l'UMP s'efforcent de minimiser leur recul et d'insister sur le caractère local du scrutin. Il y a évidemment une part tactique dans cette attitude. Les premiers savent que ce qui comptera le plus, ce sera la conquête de villes jusque-là dirigées par la droite et, plus particulièrement, de grandes villes comme Marseille, Toulouse et Strasbourg, et qu'il ne faut pas que l'électorat de gauche se démobilise. La droite, de son côté, n'a évidemment pas intérêt à souligner ce qui, dans les résultats globaux, peut apparaître comme un désaveu de sa politique nationale.

LA PROGRESSION DE LA GAUCHE

Il y a, certes, une poussée électorale vers la gauche au profit, surtout, du PS et un recul de la droite gouvernementale. Mais la poussée n'est pas un raz-de-marée, et la droite peut encore prétendre, par la bouche de Fillon, qu'il s'agit d'un simple " rééquilibrage ". Les résultats des municipales précédentes, en 2001, sous le gouvernement de Jospin, avaient été en effet calamiteux pour la gauche, qui avait alors perdu nombre de villes (même si, paradoxalement, c'est au même moment qu'elle était parvenue à la tête de Paris et de Lyon).

Pour toute élection à deux tours, c'est le premier qui donne la photographie la plus fidèle du rapport de force électoral entre les partis. Les élections municipales sont cependant celles où il est le plus difficile de saisir les mouvements d'opinion. La politique locale du maire, sa personnalité même, pèsent plus que dans les autres élections.

C'est une banalité de constater le fossé qui sépare les résultats du Parti Communiste, par exemple, dans certaines municipalités et les votes obtenus par le même parti lors de la dernière présidentielle, voire même aux dernières législatives.

En outre, le jeu des alliances pour constituer les listes brouille les chiffres.

Ceci étant dit, dans les villes de plus de 3 500 habitants, la gauche passe de 44,8 % en 2001 à 47,5 % en 2008, soit une progression de 2,7 %. Quant à la droite gouvernementale, avec 44,38 %, elle recule de 2,62 % en comparaison des 47 % de 2001 (chiffres publiés par Le Parisien). Encore faut-il tenir compte des 3,69 % du MoDem, inexistant en 2001, qui est aussi bel et bien de droite, même s'il pratique des alliances électorales à géométrie variable pour le deuxième tour. Étant donné que le taux de participation est en baisse, passant de 67,18 % en 2001 à 65,67 % en 2008, on peut supposer qu'à une mobilisation plus importante de l'électorat populaire votant à gauche a correspondu une abstention plus importante de l'électorat de droite. Les observateurs relèvent en tout cas que c'est dans les bureaux votant le plus à droite que la participation a été la plus faible.

Malgré les critiques montant des milieux de droite à l'égard de Sarkozy, ses frasques et son imprévisibilité, la démobilisation de l'électorat de droite a été cependant moins forte que ce que craignaient - ou feignaient de craindre - les dirigeants de la droite avant les élections.

Il ne faut pas oublier qu'en France l'électorat de droite est arithmétiquement plus important que l'électorat de gauche. Il y a dans ce pays une petite bourgeoisie importante, une classe de propriétaires petits et moyens, des professions dites libérales aux petits entrepreneurs, en passant par toute une partie de commerçants aisés, viscéralement antiouvrière, qui vote en règle générale pour la droite. Cette base sociale de la droite peut avoir des états d'âme, se diviser dans le choix de qui la représente - il n'y a qu'à voir le psychodrame de Neuilly-sur-Seine -, brûler lors des municipales ce qu'elle adorait lors de la présidentielle... Mais, quel que soit son état d'âme momentané à l'égard de la personnalité de Sarkozy, cet électorat de droite se retrouve profondément dans la politique antiouvrière du gouvernement et dans sa démagogie réactionnaire.

En revanche, faut-il le rappeler, la représentation électorale de la classe ouvrière est amputée du vote des travailleurs immigrés. Rien que cette donnée-là fait le deuil de tous les discours promettant aux travailleurs un changement réel de leur sort par la voie électorale.

LE PARTI SOCIALISTE BÉNÉFICIE DU VOTE ANTI-SARKOZY

La relative mobilisation à gauche profite essentiellement au Parti Socialiste. C'est le Parti Socialiste qui peut espérer, après le deuxième tour, reprendre des mairies qu'il avait perdues en 2001, voire au-delà.

Il est cependant à remarquer que le Parti Communiste s'en sort relativement bien. Dans la banlieue parisienne, en particulier, le Parti Socialiste avait fait le choix de se présenter sur des listes indépendantes dans un certain nombre de municipalités dirigées par le Parti Communiste dans le but de les lui disputer. Au premier tour en tout cas, l'opération a raté, sauf à Pierrefitte.

La LCR, qui d'après les informations recoupées entre son site et Rouge semble avoir participé à 184 listes, en association dans la majorité des cas avec diverses autres organisations - Alternatifs, collectifs antilibéraux, Motivés, etc -, semble avoir également bénéficié du vote anti-Sarkozy à gauche.

Pour les résultats de Lutte Ouvrière, ils sont commentés dans l'éditorial d'Arlette Laguiller, et on les trouvera dans les tableaux et les pages ci-après. Disons seulement ici que, si 69 des listes où figuraient des candidats de Lutte Ouvrière étaient des listes unitaires, les résultats des 117 listes Lutte Ouvrière confirment le maintien d'un électorat populaire d'extrême gauche, bien que ces résultats soient en général inférieurs à ceux de 2001. Une partie de cet électorat populaire d'extrême gauche a choisi d'exprimer sa désapprobation de la politique de Sarkozy en votant pour les listes de gauche.

En conclusion, s'il y a bien eu au premier tour une poussée électorale vers les partis de gauche, il est plus exact de parler d'un vote anti-Sarkozy que d'une poussée à gauche dans le sens d'une radicalisation politique. L'électorat de gauche, un moment démoralisé par la victoire de Sarkozy à la présidentielle et l'élection d'une majorité de droite à l'Assemblée nationale, a saisi cette première occasion que lui offraient les élections municipales pour manifester son hostilité à Sarkozy et à la politique qu'il mène. Les chefs de la droite peuvent torturer les résultats comme ils veulent et leur dénier toute signification nationale, du côté de l'électorat populaire, il s'agit bien d'un désaveu du gouvernement de droite. C'était une démonstration qu'il fallait faire mais, évidemment, ce n'est pas cela qui obligera Sarkozy à changer de politique et cela ne ralentira certainement pas le rythme de ses mesures antiouvrières.

Pour cela, il faudra bien autre chose que la voie des urnes. Il faudra des luttes collectives importantes. Mais la politique du gouvernement et l'avidité du patronat les provoqueront bien plus tôt que ces gens-là ne le pensent.

Georges KALDY