"Ringardisme" patronal

22 Novembre 2007

Le patronat se lamente sur le manque à gagner que lui coûterait la grève. Pour Christine Lagarde, la ministre de l'Économie, entre 300 et 400 millions d'euros seraient ainsi perdus chaque jour, soit quelques centièmes des fameux points de croissance présentés comme l'emplâtre magique censé guérir tous les maux dont souffre l'économie. Le président de la Fédération du commerce estime de son côté que les commerçants connaîtraient une perte de leur chiffre d'affaires de l'ordre de 40 à 50 % : " Du jamais vu depuis Mai 68 ", a-t-il dit ! À croire qu'il n'a pas vu grand-chose dans sa vie...

Mais la palme des déclarations ridicules revient sans conteste à Laurence Parisot. Mercredi 14 novembre, la présidente du Medef s'en est prise aux grévistes, qui, plutôt que de se préoccuper de l'âge de leur départ en retraite et de la perte de revenu que le gouvernement veut leur imposer, devraient plutôt penser, selon elle, à l'image qu'ils donnent du pays. " Comme c'est gênant vis-à-vis du reste du monde ! Moi, je ne cesse de penser à ceux qui aiment la France et nous regardent aujourd'hui et se disent "Mais qu'est-ce que c'est que ce ringardisme" ? ", s'est-elle exclamée, rejoignant ainsi tous les pseudo-réformateurs des beaux quartiers, qui estiment que les travailleurs sont rétrogrades lorsqu'ils n'acceptent pas sans broncher tous les mauvais coups que le patronat veut leur donner. Parisot a aussi déploré " le goût masochiste des Français pour la lutte ". Mais être " masochiste ", en l'occurrence, ce serait plutôt accepter de travailler plus longtemps pour gagner moins une fois arrivé à l'âge de la retraite.

La patronne du Medef ne fait qu'exprimer là la vieille hargne de tous les patrons face à des travailleurs qui défendent leurs droits. Question " ringardisme ", elle est imbattable.

Marianne LAMIRAL