Grèves - Qui prend qui en otage ?

22 Novembre 2007

Depuis le début de la grève des transports publics, les ministres, les patrons et leurs supporters entonnent le même refrain relayé par les télés, radios et journaux : " Les grévistes prennent les usagers en otage ".

Certes, ce ne sont pas les ministres ni les patrons ou les hauts cadres des sociétés qui attendent le train dans le froid sur le quai d'une gare ou qui sont serrés comme du bétail dans un wagon du métro. Ce sont bien évidemment ceux qui n'ont pas d'autre choix pour se rendre à leur travail. Mais c'est tous les jours de l'année que ces travailleurs sont victimes de la déficience des transports en commun, des pannes, des retards, du nombre insuffisant de bus, de métros, de RER, de trains...

Et c'est aussi tout au long de l'année - et pas seulement pendant quelques jours de grève - que des millions d'usagers sont victimes des mesures du gouvernement. Dans les bureaux de poste, quand ils existent encore, c'est souvent pendant près d'une heure qu'il faut faire la queue pour la moindre opération. Dans les hôpitaux, c'est parfois des jours entiers que des malades séjournent sur des brancards dans des couloirs. Dans des écoles, il n'est pas rare qu'instituteurs et professeurs aient à enseigner à des classes surchargées, etc. Tout cela parce que l'État se refuse à investir dans des moyens et du personnel suffisant dans les services publics. Alors, il serait de bon ton que ceux qui mettent en avant les difficultés des usagers pendant les grèves le fassent avec autant d'énergie quand ces mêmes usagers sont " pris en otage " - et du 1er janvier au 31 décembre - par la carence des services publics !

En fait, ce qui gène le gouvernement, les patrons et les commentateurs à leur service, c'est le manque à gagner occasionné par les grèves, pour le patronat. C'est pourquoi si, demain, les travailleurs de Peugeot, Renault ou Citroën arrêtent le travail, on nous dira que les salariés des équipementiers sont réduits au chômage ou que les taxis ne peuvent plus travailler faute que leurs voitures aient été livrées. Si ce sont les ouvriers agricoles qui se mettent en grève, on va les accuser d'affamer la population. Et si les employés des supermarchés étaient en grève générale, ils seraient sans doute accusés de nous empêcher de faire nos courses. Dans tous les cas, on nous serine que ce sont les plus pauvres qui sont les " victimes "

Mais il n'y a là aucun mystère. Ce sont les travailleurs qui font fonctionner la société, qui produisent toutes les richesses et, dans quelque secteur que ce soit, leurs arrêts de travail ont forcément des conséquences pour le reste de la société.

Mais, que ce soit en tant que travailleurs ou en tant qu'usagers ou consommateurs, ils sont d'abord victimes de l'exploitation capitaliste. Et, contre cette exploitation, un de leurs seuls recours, justement, c'est la grève !

Sophie GARGAN