Contre la loi Pécresse : le mouvement étudiant continue

22 Novembre 2007

Le mouvement étudiant contre la loi Pécresse continue en se renforçant. Cette loi adoptée pendant l'été, quand les étudiants sont en vacances... a pour principal objectif de soumettre les universités aux intérêts des entreprises privées et du patronat. Les étudiants mobilisés s'y opposent ; ils sont bien conscients qu'une telle soumission s'accompagnerait d'une diminution des fonds publics et d'une privatisation progressive de l'enseignement supérieur.

Lundi 19 novembre, 43 universités étaient touchées. Cela reflète des situations très diverses. Dans certaines facultés, des assemblées générales importantes se sont tenues comptant 500 participants à Marne-la-Vallée, 1 300 à Tolbiac, 1 600 à Nanterre, 950 à Saint-Denis, 500 à la Sorbonne, et souvent plus encore en province avec 1 600 participants à Caen, 3 000 à Rennes 2, 1000 à Montpellier 3, 1500 à Bordeaux 3 etc. Dans d'autres, ce sont de petites minorités encore qui essaient d'entraîner les autres. En tout cas, il est manifeste que la loi Pécresse suscite un large rejet parmi les étudiants, même quand ils ne sont pas en grève.

Dans la plupart des manifestations du 20 novembre, des cortèges d'étudiants étaient présents, pas forcément massifs, mais plus nombreux que lors des précédentes manifestations, le 14.

Le mouvement, s'il se cherche encore, est pour l'instant sur la pente ascendante. Dans plusieurs endroits, les étudiants ont pris l'initiative de s'adresser aux lycéens, dont beaucoup seront, demain, concernés par les effets de cette loi. Ici et là, de petites assemblées se sont tenues. Et lors des manifestations du 20 novembre, des lycéens étaient également présents.

Pourtant, le gouvernement et ses alliés ne ménagent pas leur peine. Ainsi, à la manière d'un Villepin ou d'un Juppé par le passé, ils montent au créneau pour répéter qu'ils ne céderont pas. Certains présidents d'université, hostiles au mouvement, recourent à des référendums à bulletins secrets - voire, c'est la dernière mode, à des " votes électroniques " - avec des questions du type : " Êtes-vous pour le blocage cours ? ", afin de noyer les voix des grévistes et de leur ôter toute légitimité. En revanche, quand une assemblée générale massive et contradictoire vote la grève et le blocage, elle ne serait pas légitime ! Et quand cela ne suffit pas, ils envoient les CRS ou les gardes mobiles pour déloger les étudiants qui " bloquent " ou occupent les facultés.

Ainsi, à Rennes 2, Aix-en-Provence, à Nanterre, la Sorbonne, etc., les présidents d'université ont fait intervenir la police contre leurs étudiants. Ces présidents sont certes favorables à une loi qu'ils ont réclamée : certains se verraient bien en chefs d'entreprise sur le grand " marché de la connaissance ", en mesure d'embaucher et de licencier à leur guise, de moduler les droits, de trouver des " partenariats " avec les entreprises, de vendre et d'acheter des terrains, etc. Et leur message au gouvernement peut se résumer à un craintif " Tenez bon ! ".

Le gouvernement n'en redoute pas moins que se développe, dans les universités, une contestation comparable à celle qui, en 2006, avait obligé Chirac et Villepin à retirer le CPE.

Le syndicat UNEF, qui avait négocié la loi avec le gouvernement au cours de l'été, est maintenant présent dans le mouvement, le plus souvent avec ses propres mots d'ordre (budget, etc.), qui obligent parfois ses dirigeants à quelques contorsions. Et il participe à la coordination nationale, qui s'est réunie à Tours les 17 et 18 novembre.

Les prochaines échéances seront essentielles : pour avoir une chance de l'emporter, les étudiants savent qu'ils doivent étendre et populariser leur mouvement. Des assemblées générales sont prévues ainsi que des manifestations jeudi 22 et d'autres mardi 27 novembre. Il faut qu'elles soient couronnées de succès et que la jeunesse scolarisée amplifie sa mobilisation, contre la loi Pécresse, dont les étudiants ont bien raison de réclamer l'abrogation.

Michel BONDELET