90 ans après la révolution d'Octobre 1917 : Oubli et oubli22/11/20072007Journal/medias/journalnumero/images/2007/11/une2051.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

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90 ans après la révolution d'Octobre 1917 : Oubli et oubli

Dans le dernier numéro de notre hebdomadaire, nous écrivions, à propos de l'historien Nicolas Werth, interviewé dans la revue L'Histoire d'octobre dernier, sous le titre " Lénine est aussi coupable que Staline " : " Il a "échappé" à ce monsieur que les massacres de Juifs les plus terribles commis en Europe avant le génocide hitlérien ont été le fait des contre-révolutionnaires blancs. " Or l'auteur de l'article a précisément mentionné les " terribles progroms commis par les détachements de l'armée blanche ou des troupes du leader ukrainien Petlioura en Ukraine et en Biélorussie en 1919 et qui ont fait entre 150 000 et 200 000 victimes ", pogroms qu'il qualifie de " plus grand massacre de Juifs avant l'Holocauste ".

Dont acte. Il n'en reste pas moins que Nicolas Werth, joignant sa voix au concert de commentaires calomnieux ou simplement ignares que le quatre-vingt-dixième anniversaire de la révolution d'Octobre 1917 a suscité dans la presse et les médias, aborde une prétendue " notion de terreur de masse " qui serait " centrale dans la pensée de Lénine ". Il y compare, au passage, une " politique de terreur bolchevique [...] visant à éliminer de la nouvelle société en construction des groupes définis comme "ennemis" ", à la " terreur blanche " exercée par les armées contre-révolutionnaires. L'hostilité de ces gens-là envers les dirigeants de la révolution russe est ouverte, et exprime un profond mépris pour le premier État ouvrier et les millions d'opprimés qui l'ont mis en place et défendu avec leur conscience, leur coeur et leur vie.

En 1930, le révolutionnaire Victor Serge écrivait dans L'An I de la révolution russe, après avoir rappelé que " l'idéalisme généreux de beaucoup de révolutionnaires les rendait peu enclins à se servir du glaive " et cité la " mansuétude des vainqueurs à l'égard des vaincus " " La terreur rouge naquit d'ailleurs de la terreur blanche [...] Il faut dix mois de luttes de plus en plus acharnées, de complots, de sabotage, de famine, d'attentats, il faut l'intervention étrangère, la terreur blanche à Helsingfors, à Samara, à Bakou, en Ukraine, le sang de Lénine, pour que la révolution se décide à abaisser enfin la hache ! [...] À la même époque, dans les territoires occupés par la contre-révolution, la terreur blanche faisait infiniment plus de victimes. [...] Les faits mentionnés à profusion dans les mémoires des combattants blancs et rouges sont épouvantables. " Et de citer : " Le général Pokrovski fait massacrer 4 000 hommes à Maïkop (Caucase septentrional) ; 1 500 ouvriers tombent sous les coups des blancs-Tchèques à l'usine d'Ivastchenkovo près de Samara. [...] La Volga, au temps des Tchécoslovaques, charriait sans cesse des cadavres. Mais de ces innombrables victimes de la terreur blanche, le "monde civilisé", c'est-à-dire le monde capitaliste, ne s'est guère soucié, si ce n'est pour en accroître le nombre. Il fermait les yeux sur la terreur blanche, oeuvre de ses soldats. "

Quatre-vingt-dix ans plus tard, la haine de la révolution ouvrière est toujours assez active pour attiser, chez certains " spécialistes ", le sens de l'oubli... de classe.

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