Loi sur l'autonomie des universités : les raisons de la colère.

15 Novembre 2007

Si le gouvernement a choisi de faire voter la loi Pécresse (du nom de la ministre de l'Enseignement supérieur) en plein milieu de l'été, au moment où les facs étaient vides, c'est qu'il craignait que la plupart des articles de cette loi provoquent la colère d'une grande partie des étudiants.

Cela fait longtemps que, sous tous les gouvernements, l'État se désengage progressivement du financement de l'université, comme de tous les services publics. Mais la loi Pécresse pousse cette logique plus loin et avance vers une forme de privatisation des universités, à travers une présence croissante des entreprises dans leur fonctionnement.

La loi fixe des règles nouvelles concernant l'administration des universités, avec une réduction du nombre de syndicalistes (salariés ou étudiants) au conseil d'administration des facs, et un renforcement de la présence... des " représentants des entreprises ". Ainsi, cette loi rend désormais obligatoire la présence au conseil d'administration de chaque université " d'au moins un chef d'entreprise ou cadre dirigeant d'entreprise ".

Le président d'une université n'aura même plus besoin d'être un agent de l'État : il pourra être désigné parmi les personnalités " associées ou invitées " du conseil d'administration, ce qui rend possible qu'un représentant d'entreprise privée devienne président de faculté !

Le prétexte du chômage.

Un autre aspect inquiétant de la loi Pécresse est la possibilité donnée aux universités de faire de plus en plus largement appel aux fonds privés pour se financer.

L'argument invoqué c'est... le chômage. La cause de celui-ci serait, prétend le gouvernement, non pas les licenciements massifs, c'est-à-dire le patronat, mais la mauvaise qualité de l'enseignement ! Il faut donc que les universités forment des futurs salariés formatés et adaptés aux besoins des patrons.

On allait déjà dans ce sens avec les licences Pro, mises en place en 1999 par le gouvernement Jospin. Ce sont des formations courtes et ciblées, souvent " soutenues " par des entreprises privées qui en définissent le contenu. À la fac de Nanterre Paris-X, par exemple, existe déjà ce que les étudiants appellent " la licence Club Med " : une licence Pro " gestion des services sportifs et de loisirs ", co-financée par ce vendeur de voyages organisés.

La loi Pécresse va plus loin, en donnant de plus en plus de place aux financeurs privés dans les universités. L' " autonomie financière ", c'est cela : l'État financera de moins en moins les universités, mais leur permettra de " lever des fonds " à leur guise. Par exemple en leur donnant désormais le droit de vendre - ou de louer - certains de leurs bâtiments pour tenter d'équilibrer leur budget.

En fait, la principale ressource des futures universités " autonomes " seront ces capitaux privés - du moins, dans les secteurs qui intéresseront les capitalistes. Il deviendra possible de créer des " fondations " au sein des universités. Les entreprises pourront librement financer certains secteurs de l'enseignement et librement exploiter les découvertes faites dans ces laboratoires universitaires ! Coup double pour les patrons : " L'État met à la disposition des entreprises à la fois des centres de recrutement et des centres de recherche. "

Et l'on imagine déjà comment, dans les universités les moins bien loties, les futurs présidents feront tout leur possible pour " attirer " les financements privés, en proposant aux patrons des programmes à la carte et des formations " professionnalisantes ", adaptées à leurs intérêts immédiats.

Les filières qui ne font pas de recherche potentiellement rentable, dans des délais courts, et qui ne sont pas directement " professionnalisantes ", ont des raisons de s'inquiéter. Aux étudiants qui ont envie d'étudier les langues anciennes, l'ethnologie ou la littérature, le gouvernement n'a apparemment rien à proposer. C'est ce qu'exprimait Sarkozy en disant cyniquement pendant sa campagne électorale que " l'État doit (...) mettre progressivement des limites au financement des filières sans débouchés ", ajoutant : " Que des étudiants veuillent persister dans ces filières, c'est après tout leur droit. Mais ce n'est pas le rôle de la collectivité de le financer, et moins encore de les y inciter. "

C'est bien une véritable régression que cherche à imposer le gouvernement dans l'enseignement supérieur - en même temps qu'il supprime des milliers de postes dans l'enseignement secondaire. Les étudiants en lutte ont mille fois raison de réclamer l'abrogation de la loi Pécresse !

P. V.