Sarkozy en Afrique : Les patrons français seront bien défendus01/08/20072007Journal/medias/journalnumero/images/2007/08/une2035.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Tribune de la minorité

Sarkozy en Afrique : Les patrons français seront bien défendus

Le retour en Bulgarie, le 24 juillet dernier, du médecin et des infirmières injustement accusés de la contamination d'enfants libyens par le virus du sida, a été l'occasion d'un coup médiatique du couple Sarkozy - l'une se couvrant des lauriers d'une négociation menée depuis des mois par l'Union européenne, l'autre affrétant pour le rapatriement un avion de la présidence française.

Derrière l'étalage de bons sentiments - Cecilia Sarkozy ayant été envoyée, selon les autorités françaises, au titre « de femme et de mère » - il s'agissait surtout pour Sarkozy de préparer sa visite à Tripoli et sa rencontre avec Khadafi, pour négocier de fructueux accords au bénéfice des patrons français. La Libye est un pays riche de ses revenus pétroliers... et potentiellement de ses mines d'uranium. Le groupe Areva devrait ainsi y construire une centrale nucléaire et développer la prospection de l'uranium - un secteur devenu très concurrentiel avec une demande chinoise en hausse et un prix du minerai multiplié par dix depuis 2003.

Sarkozy et Khadafi se sont également entendus sur un accord de coopération dans le domaine militaire. Mais que Thalès, Snecma et Dassault se chargent de la remise à niveau des Mirages F1 libyens ou que EADS vende à la Libye des hélicoptères de combat, soulève ici peu d'objections chez les bonnes âmes du PS ou des Verts... Lesquels s'indignent par contre de la vente d'une centrale nucléaire civile ! Il est vrai qu'en vendant des armes à la Libye, comme tous les précédents gouvernements l'ont fait à bien d'autres dictatures, Sarkozy respecte la tradition impérialiste de l'État français qui, il y a vingt ans, s'accoquinait avec Saddam Hussein et apportait son aide militaire au Tchad... contre la Libye de Khadafi.

Le président français a poursuivi sa tournée africaine au Sénégal, un pays où la majorité de la population vit avec moins d'un dollar par jour. En tant que ministre de l'Intérieur, Sarkozy avait obtenu en septembre dernier le soutien du président sénégalais aux expulsions de sans-papiers de la France vers le Sénégal. Mais ses discours sur l'« immigration choisie » lui avaient attiré des critiques jusque de la part du même Abdoulaye Wade, ayant jugé l'idée « pas honnête ». Aussi Sarkozy a-t-il cette fois diplomatiquement déclaré à l'université de Dakar que « l'Europe et la France ne doivent pas piller les élites africaines ». Il prétend donc souhaiter que des étudiants puissent continuer à venir en France et que les diplômés retournent ensuite dans leur pays pour le faire profiter de leurs compétences... Il fait preuve là d'une belle hypocrisie, sachant que cela ne changera rien pour tous ceux, étudiants ou non, que la misère et l'espoir d'une vie meilleure poussent vers l'émigration, avec un visa si un employeur français le juge utile, et sans sinon, souvent au risque de leur vie... avec à terme une improbable régularisation « au cas par cas ».

Attaqué par la presse sénégalaise pour ses propos sur la colonisation, Sarkozy les a confirmés en arrivant le lendemain au Gabon : « On ne peut tout mettre sur le compte de la colonisation. La corruption, les dictateurs, les génocides, ce n'est pas la colonisation ». Certes. Mais le rôle de la France dans les massacres au Rwanda sous Mitterrand-Balladur ? Et les ex-colonisateurs n'ont-ils pas toujours été les premiers à corrompre les dirigeants africains et à soutenir des dictatures pour préserver les intérêts de leur impérialisme dans leurs anciennes colonies ? Ce n'est pas Omar Bongo, au pouvoir depuis quarante ans, « ami de la France » et de ses présidents successifs comme des dirigeants de Elf-Gabon (devenu Total), qui illustre le contraire !

Depuis la décolonisation, la bourgeoisie des pays impérialistes a continué à piller les richesses naturelles de l'Afrique et à exploiter la main-d'oeuvre partout où c'était possible, tout en profitant des mannes de contrats concédés par des États souvent sous tutelle. Si Sarkozy parle aujourd'hui de « partenariat » avec l'Afrique, c'est peut-être que l'ancien « pré carré » de la France lui est aujourd'hui contesté par des appétits concurrents. Mais nul doute qu'il continuera à y défendre les intérêts de ses « amis » comme Bolloré... qui ne lui aura sans doute pas offert en vain une croisière postélectorale à Malte.

Laurent VASSIER

Convergences Révolutionnaires n° 52 (juillet-août 2007) Bimestriel publié par la Fraction

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