Australie : la mort lente des Aborigènes.

05 Juillet 2007

Le Premier ministre australien vient de décider d'envoyer des renforts de police dans le Territoire du Nord, d'y interdire l'alcool et " la pornographie " pour une durée de six mois, de mettre fin à l'autonomie administrative des soixante communautés d'aborigènes qui le peuplent, de faire procéder à une visite médicale obligatoire pour tous les enfants de moins de seize ans, de suspendre les allocations familiales et de soustraire les enfants aux familles dans tous les cas litigieux. Il parle même d'envoyer l'armée si les Aborigènes se montraient récalcitrants.

Ce déploiement de forces est censé protéger les enfants aborigènes qui seraient soumis dans leurs familles à des violences, des viols et contraints à la prostitution d'après un rapport officiel récemment publié et qui décrit le martyre de plusieurs centaines d'enfants.

En fait c'est le peuple aborigène tout entier, 2 % de la population, qui agonise. Les premiers habitants de l'Australie, rescapés des massacres perpétrés par les premiers colonisateurs, ont tout d'abord été considérés comme des bêtes de somme, corvéables à merci. Puis à partir du début du 20e siècle, l'État s'est soucié de leur moralité et a procédé à l'enlèvement des enfants pour les transformer en esclaves domestiques dans les fermes, ou en prisonniers. Les adultes étaient laissés à leur sort et n'étaient même pas recensés. Ce peuple était tenu dans un tel mépris que, dans les années 1950, les essais nucléaires britanniques furent effectués à l'air libre, dans une région prétendument déserte, mais peuplée d'Aborigènes. Les conséquences sur la population restent inconnues à ce jour. Le droit de vote ne leur a été octroyé que depuis 1967, l'année où les lois discriminatoires furent abolies. Puis, pour leur malheur, on trouva de l'uranium dans les territoires qui leur avaient été concédés. Ils en furent donc chassés par les exploitations minières.

Aujourd'hui les Aborigènes restent la fraction de la population australienne la plus pauvre, la plus soumise au chômage, à l'alcoolisme, aux maladies et à la délinquance. L'espérance de vie d'un Aborigène est de 17 ans inférieure à la moyenne nationale. Les enfants aborigènes sniffent de l'essence pour oublier leur sort comme les gamins des pires bidonvilles du Tiers Monde.

Dans les dix dernières années, quatorze rapports ont signalé les conditions de vie désastreuses des Aborigènes, y compris les viols et la prostitution enfantine, sans que cela soulève l'indignation des pouvoirs publics. Alors il est probable que la politique du gouvernement réponde à des motifs moins nobles qu'il le prétend. Le fait, en particulier, de dissoudre l'autonomie administrative des communautés aborigènes annonce peut-être de nouvelles restrictions de territoire. De nouveaux gisements ont en effet été découverts, et les compagnies minières attendent de pouvoir les mettre en exploitation...

Paul GALOIS