Parisot et les parachutes dorés : gros pourboires et vrai pouvoir.

19 Avril 2007

Laurence Parisot, la présidente du Medef, a été interrogée sur le fait que Forgeard, ex-PDG d'Airbus, a touché 8,4 millions d'euros d'indemnités de départ, alors même que cette entreprise va licencier 10 000 personnes et que lui-même est soupçonné de délit d'initié, en l'occurrence d'avoir profité de sa position pour spéculer en Bourse contre sa propre entreprise.

Avec la délicatesse coutumière des représentants du patronat, Laurence Parisot a commencé par répondre sur le côté humain de la question. Diriger une entreprise comme Airbus, explique-t-elle, représente une " pression gigantesque ", d'autant que le PDG peut être " révoqué à tout moment ". Les rémunérations élevées et les indemnités de départ énormes servent donc à " réduire l'angoisse et à laisser l'esprit libre ". Le stress du PDG qui licencie est tel qu'on se demande pourquoi la Sécurité sociale ne prend pas encore à sa charge les rémunérations anxiolytiques, les stock-options antidépresseurs et les parachutes dorés décontractants.

N'ayant pas de larmes pour tout le monde, Laurence Parisot n'a évoqué les 10 000 licenciements que pour dire qu'ils ne seraient pas " secs ", estimant apparemment que les licenciés n'ont donc aucun " stress " ou " angoisse " à soigner.

Puis la présidente du Medef a affirmé que " personne d'autre que le conseil d'administration n'est capable d'évaluer si une indemnité de départ est décente ou légitime au regard du travail accompli. (...) Quant à légiférer ou à interdire, ce serait catastrophique pour l'attractivité de la France ".

Ce que fait Airbus de ses profits ne concerne pas seulement l'indemnité de départ de Forgeard ou la fortune de Lagardère, principal actionnaire privé, qui récompense ainsi son intendant. Cela concerne surtout l'emploi de dizaines de milliers de travailleurs, la vie de populations entières dans plusieurs régions d'Europe, l'équilibre économique de plusieurs pays.

Mais, pour la représentante du Medef, " l'attractivité " de la France est le droit sacro-saint des actionnaires de s'approprier la richesse produite par des dizaines de milliers de travailleurs, de jeter 10 000 d'entre eux sur le pavé, quitte à distribuer un pourboire en or massif à un Forgeard ou à ses successeurs.

Paul GALOIS