Travailler plus pour gagner moins : des gains de productivité fantastiques au détriment de toute la société.

13 Avril 2007

Tout au long de la campagne électorale Sarkozy, Bayrou, Le Pen, Royal affirment avec aplomb, que les entreprises, déstabilisées par la compétition, auraient besoin d'être soutenues. Façon d'insinuer qu'il ne faudrait donc pas les mettre à genoux par des revendications inconsidérées ou des charges supplémentaires.

Le poids des salaires serait donc trop élevé pour les entreprises ? Mais c'est tout le contraire que relèvent les statistiques les plus officielles.

Selon Le Monde diplomatique d'avril 2007, la part des salaires ne représentait plus en 2003 que 53 % de l'ensemble des revenus disponibles dans le pays, contre 67 % en 1978. La différence s'explique par l'augmentation des revenus du capital, des bénéfices des entreprises et des placements financiers.

De même les dernières statistiques de l'Insee établissent qu'entre 1991 et 2005 les dividendes versés aux actionnaires ont augmenté de 225 % (en euros constants, c'est-à-dire hors inflation) pendant que le salaire net moyen n'avait augmenté que de 6,6 %, et cela en comptant l'ensemble des salaires, y compris celui des hauts cadres.

En fait, dans toute la dernière période, on a assisté à une augmentation considérable des gains de productivité réalisés par l'exploitation accrue des salariés.

L'Insee note que pour les dix dernières années les gains de productivité dans l'industrie ont été supérieurs à 50 %. Dans certaines branches comme celle des biens de consommation cette augmentation frôle les 80 % et elle les dépasse dans le secteur de l'Énergie, qui inclut le pétrolier Total.

Dans le transport aérien, la CGT a dénoncé ces gains de productivité énormes faits par Air France : sur 20 ans, de 1985 à 2005, la productivité a progressé de 212 %.

Avec l'horaire officiel de 35 heures d'aujourd'hui, on produit en moyenne dans l'industrie 50 % de plus que ce qu'on produisait en 39 heures en 1997, et beaucoup plus dans certaines branches. Et contrairement aux mensonges de Sarkozy, le constat n'est pas qu'en travaillant plus on gagne plus, mais le contraire. Les salariés ont travaillé plus et touché moins selon l'Insee qui constate que " le salaire moyen par tête a ralenti au cours de l'année 2005. Par contre les gains de productivité par tête se sont maintenus ". On peut en conclure qu'en revenant à la part récupérée par les patrons sur le travail réalisé par leurs salariés, telle qu'elle était en 1978, et en leur restituant une part des gains de productivité extravagants réalisés dans la dernière période, il y aurait de quoi à la fois augmenter les salaires, en commençant par le rattrapage du retard pris. Mais il y aurait aussi de quoi financer les dépenses sociales de santé et la retraite, en développant l'économie et en embauchant massivement dans les services publics qui en ont grand besoin.

Paul SOREL