Logement : les maires appellent au secours.

13 Avril 2007

Un sondage sur le logement, réalisé par l'institut CSA auprès de 250 maires de communes de plus de 10 000 habitants, montre que 90 % d'entre eux demandent à l'État de " s'investir davantage " dans ce qui est considéré par une grande majorité des élus comme le problème numéro un, avant même l'emploi.

Dans une autre enquête, des maires de banlieues parisiennes dénoncent le manque catastrophique de logements sociaux : douze fois moins d'offres par an que de demandes à Clichy-sous-Bois ; cinq mille demandes pour une centaine de places chaque année à Sarcelles.

Les problèmes ne peuvent que s'accroître : de plus en plus de locataires, aux salaires ou aux retraites modestes, ne peuvent plus faire face à la hausse des loyers et demandent un logement HLM ; parmi les communes assujetties aux 20 % de logements sociaux, certaines préfèrent payer une amende plutôt que de remplir leur quota de logements sociaux ; ainsi, Neuilly-sur-Seine, ville de Nicolas Sarkozy, a réalisé 119 des 814 logements qu'elle devait faire construire. D'autres communes, plus modestes, mettent en avant les frais qui leur sont imposés depuis la décentralisation, et auxquels elles ne peuvent faire face. Pour certaines, accueillir une population supplémentaire entraîne des dépenses de viabilisation et d'équipements collectifs (écoles, crèches...) bien supérieures aux recettes prévues, un écart chiffré par certains urbanistes à 6 000 euros par ménage et par an.

On comprend que les maires appellent l'État à leur secours, mais l'appel a peu de chances d'être entendu. Il est vrai que si l'État était réellement au service de la population, il pourrait prendre en charge la construction d'habitations confortables et à loyer modéré, directement, à travers un office public du logement. Il faudrait, pour cela, utiliser l'argent des impôts, au lieu de le gaspiller en aides au grand patronat. Il pourrait aussi réquisitionner des terrains, ou en acheter au prix du foncier d'il y a cinq ou dix ans, celui qui se pratiquait avant la montée spéculative ; il pourrait embaucher directement, sans passer par les promoteurs qui cherchent avant tout à enrichir leurs actionnaires, et faire construire ainsi un million de logements par an.

C'est possible, car le problème n'est pas technique mais politique et social. Il s'agit de savoir qui on veut servir : les possédants ou les travailleurs, la minorité d'exploiteurs ou les besoins de la population laborieuse.

Sylvie MARÉCHAL