Iran : les grandes puissances veulent le monopole du nucléaire.

13 Avril 2007

Le gouvernement iranien a annoncé, mardi 10 avril, qu'il disposerait de 3 000 centrifugeuses destinées à enrichir de l'uranium, et entendait en installer dans le futur jusqu'à 54 000. La veille, le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, avait annoncé " avec fierté " que " l'Iran fait partie des pays qui produisent du combustible nucléaire à une échelle industrielle ".

Cette annonce a immédiatement relancé l'épreuve de force qui oppose les grandes puissances à l'Iran depuis août 2005, celles-ci lui déniant le droit de disposer de l'énergie nucléaire, sous prétexte de l'empêcher de se doter, à terme, de l'arme nucléaire. Les États-Unis se sont donc à nouveau déclarés " très inquiets " et ont appelé leurs alliés à exercer une " pression croissante " . Paris a parlé d'un " mauvais signal " envoyé par l'Iran et Londres d'" une nouvelle violation des résolutions de l'AIEA (l'Agence internationale de l'énergie atomique) et des Nations Unies ". Le Conseil de sécurité de l'ONU, quant à lui, avait déjà exigé, bien avant ces nouvelles déclarations, la suspension de l'enrichissement, et infligé des sanctions à Téhéran, qui aurait jusqu'au 23 mai pour s'exécuter.

Au-delà de la démagogie nationaliste dont usent les dirigeants iraniens, leurs déclarations sur leur " droit évident " d'avoir accès au cycle du combustible nucléaire ne manquent pas d'une certaine légitimité. Au nom de quoi l'accès au nucléaire, civil et militaire, devrait-il être le privilège des États les plus développés ? De quel droit, en effet, sinon celui du plus fort, cinq États, ceux qui ont fait exploser la bombe atomique avant 1967 (États-Unis, Russie, France, Grande-Bretagne et Chine), se sont-ils arrogé le droit de décider qui peut avoir accès ou pas à la technologie nucléaire et à l'arme atomique ?

Et ici les modalités du traité de non-prolifération nucléaire servent à imposer à l'Iran - comme à l'Irak avant l'invasion américaine - de se plier à des inspections, alors que les alliés des États-Unis, Israël (qui nie officiellement disposer de l'arme nucléaire...), le Pakistan ou l'Inde en sont dispensés... comme l'Irak et l'Iran du temps où ils étaient traités en alliés. Les dirigeants iraniens ne sont certes pas de grands démocrates, mais les grandes puissances sont mal placées pour leur faire la leçon. Car, entre la menace éventuelle de la bombe que ne possède pas encore l'Iran et l'armement gigantesque des États membres du " club atomique ", il n'y a pas de comparaison possible, et d'autant moins que le plus puissant membre de ce club, les États-Unis, est à ce jour le seul à avoir effectivement usé de l'arme atomique sur des populations civiles, celles d'Hiroshima et Nagasaki en août 1945.

Les considérations qui animent ici les grandes puissances sont moins la prétendue sécurité du monde, qu'elles sont les premières à remettre en cause quand cela les arrange comme ont l'a vu en Afghanistan et en Irak, que de faire savoir à tous les peuples de la terre qu'ils entendent rester les maîtres. C'est d'ailleurs pourquoi les grandes puissances impérialistes, y compris la France, dépensent autant d'argent pour ce qu'elles appellent hypocritement " la défense nationale " qui sert moins à défendre le territoire national qu'à pouvoir intervenir à tout moment dans leurs zones d'influence sur l'ensemble du globe.

Jacques FONTENOY