Dernier cadeau promis aux employeurs: Ségolène Royal réinvente un CPE... gratuit pour les patrons

05 Avril 2007

En matière d'aides au patronat, Ségolène Royal vient de faire une nouvelle démonstration qu'elle pouvait rivaliser avec la droite. Faisant le constat que 190 000 jeunes sortent du système scolaire sans qualification, elle propose de mettre sur pied un " contrat première chance pour l'emploi " (CPCE).

Ce contrat permettrait aux entreprises de moins de dix salariés d'avoir à leur disposition pendant un an un jeune payé par les régions et l'État, et qui pourrait être embauché à l'issue de cette période d'essai d'un an, comme le précise la candidate socialiste, " si celui-ci a donné satisfaction ". Sinon, eh bien ce sera le chômage, pas forcément indemnisé, car encore faudrait-il que l'État paye des cotisations à l'Unedic, ce qu'il n'a pas l'habitude de faire pour ce genre de contrat.

Ce CPCE a toute l'apparence du CPE proposé par Villepin et vite remballé suite à la protestation de la jeunesse, ou encore du CNE toujours en place. La différence porte sur la durée de la période d'essai, deux ans pour le CPE de Villepin, un an pour le CPCE de Ségolène Royal. Les candidats de droite proposent aux patrons de diminuer encore leurs cotisations sociales pour toute embauche, Ségolène Royal, elle, leur offre un salarié gratuit. On peut difficilement faire mieux. Quel est l'employeur qui refuserait l'aubaine qui lui serait ainsi offerte ?

Quant à réduire le chômage des jeunes, l'effet sera nul. Car ces embauches en CP(C)E viendraient se substituer, pour les patrons concernés, à des embauches qu'ils auraient eu besoin de faire, voire même se substituer à des emplois existants. Le PS avait encore récemment dénoncé l'effet d'aubaine pour les patrons créé par le CNE... Cette proposition que Ségolène Royal présente comme une mesure " phare ", dans la dernière phase de sa campagne, s'inscrit dans une démarche propatronale. De plus ce contrat, qui permet aux patrons de bénéficier d'un travail gratuit, tirera à la baisse tous les salaires, et généralisera la précarité.

C'est une démarche différente, inverse, qu'il faudrait imposer. Au lieu de distribuer toujours plus de faveurs aux patrons, sans le moindre effet sur l'emploi, que les classes populaires financent avec leurs impôts, l'État devrait créer des vrais emplois à durée indéterminée, utiles à la société, dans les services publics qui sont laissés à l'abandon.

Paul SOREL