Retraits de badges à l'aéroport de Roissy : une pratique révoltante.

01 Novembre 2006

Depuis des semaines, le sous-préfet chargé des aéroports de Roissy avec le préfet de Seine-Saint-Denis mène une campagne contre les travailleurs musulmans employés sur l'aéroport.

Sous prétexte de lutte contre le terrorisme, des dizaines de salariés, bagagistes, employés de la sûreté, agents de piste, sont convoqués pour s'expliquer sur leurs pratiques religieuses. Ils ont été, soit repérés par la gendarmerie, la PAF (Police de l'air et des frontières) présente en permanence, soit dénoncés par leurs patrons ou par des indicateurs de la police.

Par un premier courrier, ils sont convoqués à un interrogatoire. Ce courrier précise que leur comportement représente un danger pour la sûreté aéroportuaire, mais qu'ils peuvent prendre rendez-vous avec le préfet. À ce rendez-vous, première déconvenue: ils ont affaire aux Renseignements généraux, qui les interrogent sur leur pratique religieuse pour savoir à quelle tendance ils appartiennent à l'intérieur de l'islam, quelle mosquée ils fréquentent, etc. Après cet entretien, ils sont plutôt confiants et pensent en avoir fini.

C'est alors qu'ils reçoivent un nouveau courrier du préfet, leur signifiant qu'ils n'ont pas apporté de preuves suffisantes d'un "comportement insusceptible de porter atteinte à la sûreté aéroportuaire". Et, plus grave, on leur retire leur badge d'habilitation, qui leur permet d'accéder à leur zone de travail dans l'aéroport. Toutes les entreprises, tous leurs patrons en profitent donc pour les licencier.

Ce n'est pas seulement une attaque contre le droit des travailleurs musulmans de professer la religion de leur choix. C'est une attaque contre tous les travailleurs, exposés en permanence à la menace du retrait de badge. Ces suppressions arbitraires de badges se font d'ailleurs par centaines chaque année pour des motifs quelconques, quelquefois liés à la vie privée des agents, et constituent un moyen de chantage pour la direction et l'encadrement.

Aucun patron n'a jamais été condamné ou interdit d'exercer sur la plate-forme quand il enfreint la loi, le code du travail, quand il est responsable d'accidents mortels, de détournements de fonds, ou quand il licencie pour des raisons de rentabilité. Mais retirer le badge d'un travailleur, c'est le priver de son emploi.

Des organisations syndicales ont constitué des dossiers et entamé des procédures juridiques au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, invoquant la discrimination et les libertés individuelles. Pour l'instant le tribunal n'a pas encore rendu son jugement.

Mais ces pratiques appellent de toute manière une riposte collective des travailleurs de Roissy contre ce sous-préfet, qui prive arbitrairement des salariés de leur gagne-pain, qui a déjà été condamné dans le passé pour "abus de pouvoir" et "erreur manifeste d'appréciation".

Correspondant Lutte Ouvrière