RATP-bus - Région parisienne : les conducteurs sous le choc des agressions.

01 Novembre 2006

Quatre bus de la RATP ont été incendiés dans le cadre d'embuscades montées chaque fois par plusieurs individus encagoulés, munis de liquide inflammable, voire d'armes à feu, comme sur le détournement du bus de la ligne 122 où le conducteur s'est vu menacer d'un pistolet pointé sur sa tête.

Au dépôt des Lilas, dont dépend le 122, le conducteur était choqué et de nombreux machinistes ont refusé de sortir leur bus le lendemain matin jeudi 26 octobre. Plus d'une centaine de conducteurs réunis sont restés jusque tard le soir dans l'attente de mesures de protection qu'annoncerait la direction. Mais en guise de protection, celle-ci les a pointés en absence non autorisée sans salaire. C'est l'arme favorite de la direction contre tout arrêt du service, même quand les conducteurs invoquent leur droit d'alerte lié à la sécurité. Pour la direction, ce n'est pas aux machinistes d'avoir un avis sur le niveau de danger qui les guette ou encore d'être simplement solidaires d'un camarade de travail agressé. Autant dire que cette attitude a eu pour effet de provoquer encore plus de mécontentement chez les machinistes.

Le mercredi 25 octobre, il y avait eu aussi un débrayage sur plusieurs lignes du dépôt de Massy (Essonne), suite à l'agression d'un conducteur de la ligne 297 à Chilly. Revenus au dépôt, les conducteurs ont dit à la direction leur ras-le-bol d'être seuls, notamment la nuit, alors qu'ils réclament depuis longtemps un deuxième agent. Ils ont aussi dit leur ras-le-bol du manque de personnel qui fait que les bus ne sont pas assez nombreux, d'où des attentes prolongées pour les voyageurs et des tensions accrues.

Et puis les lignes de bus de Massy sont passées en phase 2 de la Bus Attitude comme dit la direction, ce qui consiste à exiger le titre de transport à la montée par l'avant du bus. Les conducteurs rassemblés au dépôt de Massy ont appris le soir même du 25 octobre qu'un cadre de la RATP faisant de "l'accompagnement" dans un bus venait d'être violemment agressé par trois individus qu'il avait fait descendre lors de son tour précédent. À la suite de cela, la direction a annoncé qu'elle suspendait la phase 2 de sa Bus Attitude, qui ne pouvait que jeter de l'huile sur le feu.

Suite aux bus incendiés, le jeudi 26 octobre, une réunion s'est tenue au siège de la RATP entre direction et syndicats. Mais en-dehors du fait de dévier, à titre provisoire, certains itinéraires de zones dites sensibles, il n'y avait aucune réelle proposition. En tout cas, pas de proposition qui consisterait à augmenter le personnel à bord des bus, seule mesure qui pourrait peut-être avoir immédiatement un effet dissuasif. Les caméras, vitres antiagression, alarmes embarquées et équipes d'intervention de la sécurité RATP n'ont eu qu'une efficacité réduite, probablement moins même que les quelques conducteurs de bus qui vont régulièrement dans les établissements scolaires rencontrer les jeunes et discuter.

Dans les dépôts de bus, les conducteurs condamnent bien évidemment tous ces actes d'agression, qui font monter l'inquiétude et l'insécurité au travail et qui se retournent contre la population. Et certains pointent du doigt les responsabilités de la direction et des pouvoirs publics.

Correspondant Lutte Ouvrière