Ouverture à la concurrence au détriment des usagers et des postiers : le service postal en voie de disparition.

01 Novembre 2006

D'ici au 1er janvier 2009, le monopole postal ou ce qui en restait n'existera plus. L'ensemble des services assurés par La Poste seront ouverts à la concurrence alors que, déjà, depuis janvier 2006, le monopole postal se limitait aux plis de moins de 50 grammes.

Cette décision de la Commission européenne n'est que la mesure finale d'un processus engagé depuis plus d'une quinzaine d'années avec l'accord des gouvernements français successifs et l'acquiescement des partis de droite et de gauche.

Année après année, des services profitables ont été ouverts à la concurrence. Des filiales de statut privé ont été fondées, préparant la privatisation. Ainsi, en 1990, La Poste et France Télécom ont été séparées en deux entreprises distinctes, permettant plus aisément la privatisation de la seconde, livrée à la spéculation. De nombreux services ont été filialisés, comme Chronopost, ou l'éphémère Securipost chargé des transports de fonds. Les garages ont été tout simplement fermés et cette activité sous-traitée.

C'est en 1992 que la Commission européenne proposa que les services postaux concernant des courriers de plus de 50 grammes soient ouverts à des capitaux privés. Le seuil était à l'époque de 350 grammes. C'était un pas de plus vers la privatisation et la liquidation du service public qui en découlerait.

Craignant que la ficelle soit un peu grosse, les socialistes et les Verts au Parlement européen concoctèrent en coulisse un compromis avec la droite, faisant passer provisoirement le seuil de 350 à 150 grammes.

En 1997, avec la fin du monopole sur les colis, La Poste créa une nouvelle filiale, Dilipak, en rachetant au-dessus de sa valeur DPD France, une filiale d'un opérateur allemand. Les comptes étant au rouge, Dilipak perdait à l'époque 10 millions de francs par mois. On mit plusieurs centaines d'employés en reclassement quand on ne déguisa pas des licenciements de contractuels en ruptures de contrat.

Quant aux services financiers de La Poste, en janvier 1995, une loi de régulation postale prévoyait la création d'une banque postale pour les remplacer. Mise en place depuis, cette nouvelle banque peut s'ouvrir aux capitaux privés. Pour le patronat bancaire, qui n'entend pas pâtir de cette nouvelle concurrente, une solution s'impose: la privatisation à terme de la banque postale. D'entrée de jeu, des réductions d'effectifs furent annoncées, la Cour des comptes précisant que, pour le même travail, les banques privées n'employaient que 7500, personnes contre 20000 à La Poste.

Dans l'ensemble de La Poste, les effectifs ne cessent de diminuer et la charge de travail d'augmenter. Un retraité sur deux seulement est remplacé par un contractuel embauché au smic. Dans tous les services, ce sont des réorganisations permanentes, qui ont pour seul objectif de réduire toujours plus les effectifs pour réduire la masse salariale. Tant pis s'il faut rallonger les tournées des facteurs, fermer des guichets, laisser des recommandés moisir plusieurs jours avant d'être distribués. Des tournées de distribution ne sont plus assurées quotidiennement et les files d'attente s'allongent devant les guichets, d'autant que, dans certains quartiers, les bureaux de poste ne sont plus ouverts qu'à temps partiel. Plus de 6000 bureaux de poste ruraux sont dans le collimateur, car jugés pas assez rentables. Quelques-uns seront remplacés par des "points poste", les autres seront fermés.

Tous les services rendus aux usagers se dégradent mais cela n'empêche pas La Poste d'augmenter chaque année ses tarifs... pour les particuliers. Les "offres industrielles de courrier de gestion", qui ne concernent que les entreprises passant un contrat avec La Poste, n'ont pas vu leurs tarifs revalorisés depuis 2003 et ils ne le seront qu'au début de l'année prochaine pour leur permettre "de procéder aux ajustements nécessaires à l'établissement de leur budget". La Poste n'a pas autant d'égards pour les budgets des familles.

Et certains osent prétendre que l'ouverture à la concurrence et à la privatisation seraient bénéfiques pour les usagers!

Alain VALLER