Novembre 1956 : quand les crimes des uns servaient à faire oublier les crimes des autres.

01 Novembre 2006

En novembre 1956, alors que les forces aériennes françaises et britanniques bombardaient Port-Saïd et larguaient leurs parachutistes dans la zone du canal de Suez et que les chars russes écrasaient l'insurrection hongroise, ils n'étaient qu'une poignée ceux qui condamnaient à la fois l'agression impérialiste contre l'Égypte "coupable" d'avoir nationalisé le canal, et la sanglante répression qui s'abattait sur le peuple hongrois.

Le Parti Communiste, qui condamnait certes l'intervention de Suez, avait emboîté le pas sans vergogne aux dirigeants de l'URSS, qui proclamaient, au mépris de toute vérité, que l'insurrection hongroise était une "contre-révolution fasciste".

Le Parti Socialiste, qui depuis dix ans avait soutenu toutes les guerres coloniales, dont le secrétaire général Guy Mollet était depuis janvier 1956 chef du gouvernement, et avait intensifié la répression en Algérie et pris l'initiative de l'expédition de Suez, n'avait pas de mots assez durs pour condamner, comme d'ailleurs toute la droite française, l'intervention soviétique en Hongrie.

Le 7 novembre 1956, on vit même à Paris les dirigeants les plus connus de cette droite, eux qui avaient tant de sang d'esclaves coloniaux sur les mains, en tête d'une manifestation réclamant la liberté pour le peuple hongrois. Derrière eux, marchaient des milliers d'étudiants sincèrement indignés par les événements de Hongrie, mais aussi tout ce que la capitale comptait d'éléments fascisants, qui menèrent l'assaut contre l'immeuble du comité central du Parti Communiste, qui fut pillé et subit un début d'incendie, et contre l'imprimerie de l'Humanité, où de violents affrontements firent trois morts parmi les agressés et des centaines de blessés.

Ces violences ne desservirent pas les dirigeants du PCF. Alors que de nombreux militants étaient profondément troublés par les événements de Hongrie, cet assaut, lancé par l'extrême droite contre leur parti, contribua à faire resserrer les rangs.

Parmi la toute petite minorité de ceux qui condamnaient aussi énergiquement la guerre d'Algérie et l'expédition de Suez, comme la répression de l'insurrection hongroise, figuraient les militants du groupe Voix Ouvrière à l'origine, douze ans plus tard, de Lutte Ouvrière. Nous reproduisons ci-dessous l'éditorial de leurs bulletins d'entreprise du 11 novembre 1956.

François DUBURG