La SNCF roule pour les trusts, Bombardier, Alstom - les travailleurs n'ont pas de patrie!

01 Novembre 2006

Mercredi 25 octobre, la SNCF officialisait le choix de Bombardier, préféré à Alstom et Siemens qui étaient sur les rangs, pour une commande de 172 rames de trains régionaux pour l'Île-de-France, d'un montant de 2,7 milliards d'euros.

Cette annonce n'a pas été une surprise puisque ce choix était déjà commenté dans les journaux depuis juillet; et ce n'est pas non plus une première de la part de la SNCF et des autres financeurs, dont les Régions, d'attribuer des marchés publics ferroviaires à Bombardier Transport, qui possède l'usine de Crespin, 1600 salariés, près de Valenciennes, et qui comme ses concurrents bénéficie de toutes les aides publiques qui améliorent d'abord les profits. Il n'est ainsi pas étonnant que, dans le Nord, la presse régionale comme le ministre Borloo saluent cette décision!

Mais ce communiqué de la SNCF a été le prétexte pour les journalistes et politiciens supporters d'Alstom de resservir une propagande sur le thème du "patriotisme économique" et de la défense de l'"intérêt national". Pierre Taribo, rédacteur en chef de l'Est Républicain, tonne dans son éditorial du jeudi 26 octobre, titré "Furieux": "... furieux de constater qu'une entreprise française assez performante pour signer de gros contrats en Chine est évincée du marché national. Furieux de devoir admettre que ce pays ouvert comme un moulin à toutes les concurrences est incapable de se fixer une doctrine, et de s'y tenir...".

Chevènement lui emboîtait le pas le matin sur France 2. Ils ne sont pas à une contradiction ni à une contre-vérité près, au moment même où Kron, le PDG d'Alstom accompagnant Chirac en Chine, annonçait avoir décroché un nouveau marché de 500 locomotives de fret, dont 100 seraient fabriquées en partie à Belfort!

Et puis, concernant ce juteux contrat de la SNCF en Île-de-France, Alstom aura sa part du gâteau en sous-traitance, comme à l'inverse Bombardier profite d'une part des commandes Alstom des TGV, par exemple des sous-ensembles des voitures de première classe.

Les travailleurs d'Alstom comme ceux de Bombardier sont victimes de la même rapacité patronale, qui ne connaît ni frontière, ni nationalité. Les suppressions d'emplois opérées ou leur précarisation par Alstom, en France et dans le monde, y compris au Canada, le blocage des salaires et l'aggravation des conditions de travail, sans parler des externalisations, ne datent pas d'hier; et tout cela continue de plus belle. Ceux qui produisent les avions de Bombardier au Canada subissent actuellement une vague de 1330 licenciements.

Bombardier n'est d'ailleurs pas plus canadien qu'Alstom n'est français, les deux étant des groupes mondiaux mus par le seul intérêt de leurs actionnaires. Proposer de défendre Alstom dans sa guerre commerciale contre Bombardier revient à nous faire défendre les actionnaires de l'un contre ceux de l'autre.

Il serait intéressant d'en savoir plus sur ces actionnaires et sur leurs fortunes, sur les mouvements d'argent, et les arrangements entre ces firmes privées. On sait qu'elles sont riches à milliards et que les suppressions d'emplois, à l'Alstom comme chez Bombardier, ne sont justifiées que par la volonté de s'octroyer toujours plus de profits sur le dos des travailleurs qu'elles exploitent. Des bénéfices qui aboutissent toujours dans les poches des plus grands actionnaires; "patriotisme" capitaliste oblige!

Correspondant Lutte Ouvrière