Immigration : mensonges et réalités.

01 Novembre 2006

Une fois n'est pas coutume, Jacques Chirac apporte son soutien à Nicolas Sarkozy, approuvant sa critique du gouvernement espagnol de Zapatero à qui il reproche la régularisation de 600000 sans-papiers en 2005, ce qui aurait créé, selon lui, un "appel d'air" suscitant de nouveaux immigrants.

Des immigrants clandestins, venant surtout d'Afrique, essayent d'atteindre les îles Canaries, territoire espagnol, donc porte de l'Europe. Plus de 20000 d'entre eux sont actuellement enfermés dans des centres de rétention; tandis que 7000 auraient péri en pleine mer depuis le début de l'année. Mais contrairement à ce qu'affirme Sarkozy, cette régularisation massive de sans-papiers en Espagne n'a pas créé "d'appel d'air" de l'Afrique vers l'Europe. Les immigrants régularisés en Espagne ne viennent pas pour l'essentiel d'Afrique... mais d'Amérique latine! Nombre d'entre eux travaillaient déjà sur le sol espagnol depuis des années.

Ce qui crée "un appel d'air" permanent ce n'est pas la régularisation d'immigrants, mais ce monde où la richesse est concentrée dans quelques pays, en Europe ou aux États-Unis, entourés d'un océan de pauvreté. Si des millions d'hommes et de femmes quittent les pays pauvres pour aller vers les pays industrialisés, c'est bien du fait de cette inégalité.

Dans la même veine, d'autres avancent que "la France ne peut accueillir toute la misère du monde". C'est oublier un peu vite la réalité: l'Union européenne, avec ses 372 millions d'habitants, compte une dizaine de millions d'étrangers non européens, 3% de la population globale! L'Allemagne compte 7,2 millions d'étrangers en situation légale (9% de la population), la France en compte 3,3 millions (5,6% de la population) et l'Italie 2,6 millions (4,5% de la population).

Aujourd'hui, l'Espagne est le premier pays d'accueil, l'Italie occupe la seconde place. Le nombre total d'immigrants clandestins présents dans toute l'Europe s'élèverait de 3 à 7 millions. Cela dit, aujourd'hui, l'immigration en direction des pays européens ne constitue qu'une goutte d'eau dans les flux migratoires existants.

L'Afrique est le continent qui a vu partir le plus grand nombre de personnes. Au total, des dizaines de millions de réfugiés ont fui les guerres civiles, la famine, les dictatures. Certains s'entassent dans des camps, de l'autre côté de la frontière de leur pays, en Afrique même. Le Burkina Faso, le Tchad, l'Angola, la République Démocratique du Congo accueillent sur leur territoire des centaines de milliers de réfugiés. C'est dire qu'il n'y a qu'une petite minorité d'émigrants qui réussissent, au péril de leur vie, à atteindre l'Europe.

Cependant, l'immigration, surtout clandestine, est d'un bon rendement. Elle profite au patronat et aux margoulins de toute sorte. Les mafias organisent le trafic de main-d'oeuvre et d'êtres humains des pays pauvres vers les pays riches, aussi rentable que le trafic de drogue.

Des patrons se disputent cette main-d'oeuvre fragilisée puisqu'en situation irrégulière. Elle est exploitée sans merci, payée à des salaires dérisoires. Ces employeurs peuvent s'asseoir sur le Code du travail dans des secteurs aussi divers que la confection, l'hôtellerie, le bâtiment, etc.

René CYRILLE