Faux débat autour des "jurys citoyens" : pouvoir contrôler, c'est pouvoir révoquer!

01 Novembre 2006

Dans le cadre de la concurrence que se livrent les prétendants à l'investiture du Parti Socialiste, Ségolène Royal a sorti de son chapeau sa proposition sur les "jurys citoyens", sans grande portée, mais qui a provoqué bien des réactions. Il s'agissait de proposer le tirage au sort d'une quinzaine d'électeurs chargés de "donner leur avis, voire de faire des propositions" sur la politique menée par leurs élus.

Peu ou prou, cela existe déjà sous différentes formes, à l'étranger mais aussi en France. C'est ce que rassemble le vocable un peu pompeux de "démocratie participative", où l'on laisse à des citoyens, au mieux, la possibilité de grogner sans avoir la possibilité de changer la politique décidée par les seuls élus. Certains vont même jusqu'à confier à ces structures des micro-budgets à gérer, histoire de les occuper et surtout de faire oublier où passent les milliards dilapidés par les exécutifs des grandes communes, des départements ou des régions au profit du patronat.

D'ailleurs cette mesure sentait tellement le bon truc susceptible de plaire, parce que cela pouvait avoir l'apparence du contrôle, et n'en était pas un, que Villepin a cru tenir, lui aussi, une piste pour séduire l'opinion face à son "ami" Sarkozy, en déclarant qu'il proposait de faire retransmettre à la télévision les séances du conseil des ministres.

Pour Villepin, c'est Chirac qui a sifflé la fin de la récréation, en faisant savoir qu'il n'en était pas question. Il aurait tout aussi bien pu approuver, car ce conseil des ministres n'est qu'une chambre d'enregistrement de ce qui a été décidé ailleurs, mis au point par des hauts fonctionnaires inamovibles, sous l'influence des grands industriels et financiers, encore moins contrôlés.

Quant à Ségolène Royal elle vient de clore aussi ce chapitre en déclarant: "le peuple n'a pas toujours raison". Histoire sans doute de ne pas se mettre à dos les dizaines de milliers d'élus que compte le Parti Socialiste.

Mais le contrôle des élus et de l'administration publique, de tous ceux qui exercent le pouvoir, ne serait-ce qu'une once de pouvoir, est un problème que le mouvement ouvrier et socialiste s'est posé depuis longtemps, face à la tentation pour les élus de s'affranchir du contrôle et de la sanction de leurs électeurs. Vis-à-vis également, des représentants de l'administration, de la police, de la justice, et des fonctionnaires chargés d'appliquer la politique de l'État jusqu'au niveau le plus élémentaire, qui n'ont que trop tendance à manifester morgue et mépris pour les classes populaires et à être obséquieux envers les possédants et les dirigeants de la société.

C'est la Commune de Paris, en 1871, le premier gouvernement des exploités pour les exploités, qui a résolu cette question en instituant la possibilité de la révocation, à tout moment, des élus, à n'importe quel niveau, et de tous les membres de l'administration, des hauts fonctionnaires jusqu'au policier et à l'employé au bas de l'échelle. Partant du seul principe que quiconque exerçait la moindre portion de pouvoir devait être responsable devant la population de ce qu'il faisait, c'est-à-dire pouvoir être démis de ses fonctions.

Tout le monde sait, et les bourgeois les premiers, qu'il n'y a pas d'autre voie pour exercer un quelconque contrôle sur ceux à qui on a confié la mission de défendre les intérêts de leurs mandants. Dans les conseils d'administration, où les actionnaires confient à un président-directeur général le soin de veiller sur leur capital, les capitalistes peuvent démettre à tout moment et sans préavis celui-ci, s'il ne leur convient plus.

Jamais un bourgeois, un vrai, ne fait confiance. Il veille jalousement sur sa caisse et ses dividendes. Il n'y a que les travailleurs et les milieux populaires qu'on essaye d'endormir en les persuadant de s'abandonner, en leur disant en somme: "Votez! Nous ferons le reste".

Alors si l'on est pour le vrai contrôle, et nous le sommes à cent pour cent, c'est cette possibilité de révocation qu'il faut proposer et défendre. Sinon tout le reste n'est que du vent ou des discours, ce qui est bien la même chose.

Paul SOREL