Bègles - banlieue de Bordeaux : les vrais casseursdes cités.

01 Novembre 2006

La cité Yves-Farges est un quartier populaire de la commune de Bègles, banlieue de Bordeaux. Dans le cadre du plan de "réhabilitation urbaine" du ministre du Logement Borloo, l'État a décidé de démolir 286 logements sociaux de la cité, ce qui correspond principalement à quatre tours. Les 126 logements restants seront, eux, réhabilités.

Les constructions de logements neufs ont pris trois mois de retard et de nombreuses familles habitent toujours les tours. Par contre, les travaux en vue des démolitions, eux, ont commencé à la date prévue. Rapidement, le coeur de la cité est devenu un énorme chantier auquel se rajoute la construction des voies du tramway qui passera par là. Pour les locataires, la vie dans la cité est devenue insupportable, les familles ne veulent plus laisser leurs enfants jouer dans la cour centrale pendant la journée, de peur qu'il y ait un accident. Aux bruits, se rajoute l'invasion des cafards et des rats qui infestent tous les étages. Les protections d'une des tours ont été enlevées et les locataires craignent que l'isolation thermique ne soit pas assurée juste avant l'hiver. Les habitants pensent que le relogement aurait dû être effectué avant tous ces travaux.

Une trentaine de familles ont tout de même pu emménager dans les premiers logements neufs. N'ayant pas le choix, elles ont accepté, en fonction des logements, une augmentation de 70 euros à 125 euros, APL déduites. Après le soulagement d'avoir quitté la cité et ses travaux, et après la satisfaction d'être logées dans du neuf, les familles commencent à réaliser le poids exorbitant des factures à payer tous les mois. Rien que le gaz de chauffage représente 60 euros en plus par mois, alors qu'auparavant l'eau, le chauffage, le ramassage des ordures, le ménage des parties communes étaient compris dans le loyer. Ce qui guette les familles, c'est donc encore plus d'insécurité financière.

Le plan Borloo est dans les faits un plan de destruction du logement social, dans lequel les nouveaux logements construits n'ont de social que le nom. Cette chasse aux pauvres est mise en oeuvre par les offices HLM et les maires. À Bègles, c'est Noël Mammère, maire de la ville avec une majorité Verts et Parti Socialiste, qui préside aussi l'office HLM. Il montre ici qu'il peut aussi être un faucheur volontaire de logement social, faisant preuve de son mépris des classes populaires. Lors de sa dernière réunion publique, il a montré un air souriant et satisfait de lui: l'inauguration du tramway aura lieu à la date prévue, le calendrier de destruction des tours sera tenu, que lui faut-il de plus?

Tout au long de l'année, un petit groupe de locataires s'est mobilisé. Sur les fenêtres de nombreux appartements ont fleuri des affiches où était écrit "Non à la hausse des loyers". Leur mobilisation a au moins permis que les frais de déménagement, de changement d'adresse et d'ouverture de compteurs soient pris en charge par l'office HLM. Mais le problème reste pour les familles: comment faire face aux loyers et aux frais plus élevés?

Correspondant Lutte Ouvrière