Aubade - La Trimouille et Saint-Savin (Vienne) : les actionnaires saccagent l'emploi.

01 Novembre 2006

Le groupe Aubade, qui confectionne des sous-vêtements féminins dans la Vienne, supprime 180 emplois sur les 283 que totalisent jusqu'à présent ses deux entreprises dans la région. Ainsi en ont décidé les actionnaires principaux, le groupe suisse Calida Holding, qui avait racheté Aubade en 2005, promettant pourtant qu'il n'y aurait pas de licenciements. On a pu vérifier, une fois encore, ce que valent ces promesses, car ce groupe vient d'annoncer sa décision de faire fabriquer la lingerie de luxe en Tunisie.

Qui peut croire que ce choix est soudain, alors qu'à l'évidence le groupe acheteur envisageait ce transfert dès le début? Il a simplement racheté une marque réputée, qui lui a permis durant un an de faire des profits (1, 2 million en 2005). Mais cela ne lui suffit pas. Il en veut plus. C'est cela le capitalisme en action. Aucun emploi nouveau au bout de l'opération, ni de production nouvelle, mais des ouvrières au chômage, des familles privées de tout revenu, une région économiquement saccagée, pour quelques dizaines de milliers d'euros de plus pour des actionnaires.

La direction a annoncé qu'elle retardait la mise en oeuvre de son plan dit social après une entrevue avec le préfet de région. Ségolène Royal s'est approprié les mérites de cette décision, claironnant à la télé qu'à sa demande le préfet venait de suspendre pour trois mois son plan. Sauf que le préfet a précisé que la direction du groupe n'avait pas évoqué ce délai de trois mois. De son côté, une conseillère régionale du PS du Poitou-Charentes, proche de Ségolène Royal mais semble-t-il un peu plus proche des réalités du terrain et moins tenue au triomphalisme, a déclaré: "Les salariés doivent se préparer à perdre leur emploi. Aubade accepte ce genre de réunion par stratégie. Pour se donner une bonne image."

Ce qui arrive aux salariés d'Aubade est à l'image de ces plans abusivement qualifiés de sociaux Pour mettre un coup d'arrêt à ce trop long catalogue des licenciements annoncés, il est vain de croire que des entrevues entre représentants patronaux, préfet de région, élus régionaux seraient efficaces.

Les travailleurs vivent sous la menace de perdre leurs emplois, pour peu que des actionnaires le décident. Ensemble, pourtant, ils pourraient interdire de mettre en oeuvre cette destruction programmée des emplois. Mais face à cela, Ségolène Royal oublie ses grandes envolées sur le peuple qui devrait, affirme-t-elle, dire son mot.

Jean-Pierre VIAL