Violence et délinquance - Sarkozy se veut rigoureux... sauf avec les statistiques

27 Septembre 2006

Pour orchestrer sa campagne, Sarkozy avait commandé une note à chacun des préfets des vingt-huit départements où les statistiques de violence contre les personnes avaient connu une hausse supérieure à 10%.

Hasard? Les états d'âme du préfet de Seine-Saint-Denis, complétant la note exigée, y mettaient en cause le laxisme des magistrats du tribunal de Bobigny. Ils ont été transmis «par erreur» à un journaliste! Et le document divulgué a permis d'alimenter la campagne de rentrée de Sarkozy sur un thème qui lui est classique, celui de la démission des juges devant leurs responsabilités.

Cela sonne bien aux oreilles d'une fraction de l'opinion pour qui la répression à tous crins serait la solution miracle face à la violence et la délinquance. La polémique qui s'est développée à partir de là entre Sarkozy et la magistrature, qui s'est sentie obligée de relever l'outrage fait à la corporation, est marquée d'arrière-pensées politiciennes. Mais elle contribue à renforcer l'image d'un ministre de l'Intérieur, justicier, même face à la Justice.

Pourtant, les statistiques qui ont servi à Sarkozy ne disent pas exactement ce qu'il veut leur faire dire. Elles mettent, certes, en évidence un accroissement de la violence sur les personnes. Mais quand les préfets ou leurs adjoints des vingt-huit départements concernés évoquent l'augmentation de la violence, ils notent une «baisse forte» sur la voie publique et une augmentation à l'intérieur des familles. Ils évoquent aussi le rôle grandissant de l'alcool. La préfète de l'Aisne note, par exemple, que «les événements festifs de ces dernières semaines écoulées -Coupe du monde, Tour de France, fête nationale- démontrent une nouvelle fois le rôle de l'alcool en matière de délinquance et de violences gratuites contre les personnes». L'augmentation de la violence qu'indiquent ces statistiques ne signifie donc pas l'augmentation de ce que l'opinion entend en général par délinquance. Mais l'amalgame est vite fait, et Sarkozy ne s'en prive pas. Il ne fait pas dans le détail. Au contraire, il dramatise, grossit le trait et martèle sur la «violence» en général, la «sécurité», la «démission» des uns et des autres.

S'il s'appuie avec complaisance sur des récriminations du préfet de Seine-Saint-Denis à l'encontre du tribunal de Bobigny, il insiste moins sur d'autres passages du même rapport, comme par exemple celui dans lequel le préfet déclare qu'«il me paraît fondamental de maintenir, voire de renforcer les mesures gouvernementales en matière d'urbanisme, d'emploi et d'éducation. L'accroissement de la pauvreté se poursuit dans les cités, avec une concentration de chômage pour les plus jeunes (la Seine-Saint-Denis représente 35% de la pauvreté d'Ile-de-France)...»

Mais ce genre de préoccupation est bien le cadet des soucis de Sarkozy. Pour lui, le thème de l'insécurité est un placement dont il attend un retour sur le plan électoral.

Michel ROCCO