Pensions des anciens combattants étrangers: des décennies de mépris

27 Septembre 2006

À l'occasion de la sortie du film Indigènes, retraçant le destin de soldats maghrébins et africains engagés dans l'armée française, puis laissés pour compte avec leurs blessures et leurs pensions misérables, le gouvernement doit annoncer une revalorisation des pensions versées à ces anciens combattants.

Chirac se dit décidé à vouloir «mettre fin à cette injustice». Comme s'il n'avait pu s'en préoccuper plus tôt! Il en avait d'ailleurs déjà fait la promesse lors de la campagne présidentielle de 1995, puis une nouvelle fois en 2002, sans que cela soit suivi d'effet. Ses déclarations d'intentions actuelles pourraient bien connaître le même sort.

Quant aux dirigeants socialistes, ils n'ont guère fait mieux lorsqu'ils étaient au pouvoir. Après que les autorités françaises ont été reconnues coupables de discrimination envers les anciens combattants originaires des ex-colonies françaises, en 2002, le gouvernement Jospin s'était contenté d'un petit geste, ne proposant qu'une revalorisation en fonction du coût de la vie des pays d'origine. Cela se traduisit par environ 20% d'augmentation, mais nullement par un alignement des pensions.

Aujourd'hui, plus de 80000 vétérans de vingt-trois nationalités différentes sont concernés par la réforme annoncée. L'inégalité de traitement entre les anciens combattants français et étrangers remonte à décembre 1959, de Gaulle ayant fait voter une loi pour bloquer les pensions et retraites des anciens combattants étrangers dès lors que leur pays accédait à l'indépendance et qu'ils choisissaient d'aller y vivre. De Gaulle leur faisait ainsi payer leur choix.

Avec le temps, l'écart entre les pensions et les retraites des anciens soldats étrangers et français n'a cessé de s'aggraver. En moyenne, car il y a de grandes différences selon les pays, les premiers ne touchent guère plus de 30% des sommes versées aux seconds. À titre d'exemple, un ancien combattant résidant au Maroc reçoit une pension de 54 euros, alors qu'un Français se voit accorder 800 euros.

Des décennies après, l'État français continue donc à manifester son mépris vis-à-vis de ces soldats originaires des ex-colonies. Après les avoir souvent enrôlés de force et envoyés en première ligne sur tous les champs de bataille, l'État retarde le paiement de ce qui leur est dû, en comptant odieusement qu'avec l'âge ils soient de moins en moins nombreux à pouvoir en bénéficier.

Roger MEYNIER