Ouverture des magasins le dimanche : pour le profit de qui?

29 Juin 2006

Après les magasins de luxe Vuitton, c'est au tour de l'Usines Center de Vélizy dans les Yvelines de s'être vu interdire d'ouvrir le dimanche, à la suite d'une plainte de la Fédération nationale de l'habillement, qui représente les petits commerçants du textile, et de la CFTC. Les patrons de ces boutiques, affirmant faire 35% de leur chiffre d'affaires le dimanche, menacent de licencier. Ils ont créé l'association «Laissez-nous travailler» et accueillent les clients avec de grandes pancartes «Grand déstockage de salariés, 30 salariés prochainement licenciés»...

Le député UMP Lellouche a volé à leur secours, en annonçant le dépôt d'un projet de loi pour «défendre la liberté du travail sans vouloir l'opposer au repos dominical». Il demanderait que l'ouverture le dimanche ne soit plus réservée aux seuls commerces alimentaires, qu'on abandonne le système des cinq dérogations annuelles autorisées par magasin et que les dérogations existantes ne soient plus limitées aux seuls quartiers touristiques, comme les Champs-Elysées ou le Marais à Paris.

Ce n'est pas la première fois que la droite - de Sarkozy à Breton en passant par Devedjian - se fait la championne de l'ouverture des magasins le dimanche, sous prétexte de favoriser la consommation et l'emploi. Que des consommateurs trouvent avantage à l'ouverture dominicale des magasins, c'est sans doute vrai... Quant à consommer «plus», cela ne concerne qu'une partie de la population. Car pour dépenser plus, il faut gagner plus et tout le monde sait que le pouvoir d'achat des salariés n'augmente pas. Quant à l'emploi, il suffit de voir les conditions de travail dans ces magasins, au moment des fêtes de fin d'année, pour savoir quoi en penser. Les patrons n'embauchent que de façon temporaire, dans un secteur où déjà 50% du personnel travaille à temps partiel ou en CDD et, les effectifs étant calculés au plus juste, l'allongement des horaires signifie surcharge de travail et de fatigue pour les salariés, qui ne sont pas toujours aussi «volontaires» que leurs employeurs le disent, ou qui ne le sont que par nécessité. En semaine le même problème se pose aussi, puisque bien des supermarchés sont ouverts jusqu'à 21 ou 22 heures. Et avec les 35 heures, les patrons du secteur ont joué à fond la carte de la flexibilité.

Bien sûr, travailler les dimanches, c'est aussi la possibilité de gagner plus, en heures supplémentaires, mais cela ne peut passer pour un progrès que parce que, dans ce secteur, les bas salaires - en moyenne 1000 euros après dix ans d'ancienneté, sans parler de ceux des temps partiels - sont, si on peut dire, monnaie courante.

Alors le problème n'est pas de s'opposer au travail du dimanche pour respecter, comme dit Lellouche, le repos dominical et une tradition religieuse, chrétienne en l'occurrence. Le problème est que la généralisation du travail du dimanche aujourd'hui serait un pas de plus vers la flexibilité maximale des horaires que le patronat réclame. Et cela, dans un secteur dominé par des groupes capitalistes richissimes, tels que Carrefour, Auchan, Leclerc, etc.

Alors, quand Lellouche parle de «liberté du travail», ce qui le préoccupe, c'est la liberté de tous ces gens-là de s'engraisser encore plus sur le dos de travailleurs à qui on ne laisse pas vraiment le choix.

Cédric DUVAL