Contre les discriminations de tous genres

29 Juin 2006

Pour bien des politiciens de gauche comme de droite, la Gay Pride - rebaptisée Marche des fiertés homosexuelles - était visiblement, samedi dernier, un rendez-vous parisien où il était de bon ton d'être vu. Hollande y est apparu en compagnie de Strauss-Kahn sur le char PS-MJS et GayLib, groupe homosexuel lié à l'UMP, était aussi du défilé. De fait, la manifestation a été un succès. Elle a réuni plusieurs centaines de milliers de participants, pas seulement pour l'ambiance festive mais aussi pour affirmer, par-delà la liberté des choix sexuels, le ras-le-bol des discriminations en tous genres! Cela dit, un certain ton était donné par la banderole de tête «Pour l'Égalité en 2007» et par les principales revendications du droit au mariage et à l'adoption pour les couples homosexuels.

L'exigence d'une égalité juridique, indépendamment de l'orientation sexuelle, est évidemment légitime. Ces questions étaient encore largement taboues il y a peu, tant au PS ou au PC qu'à l'UMP d'ailleurs. Ségolène Royal avait qualifié de «provocation injustifiée des convictions familiales et religieuses »le mariage homosexuel prononcé à Bègles en juin 2004 par le Vert Noël Mamère - union annulée depuis par la justice; mais l'idée figure aujourd'hui avec le droit à l'homoparentalité dans le programme du PS. Et Nicolas Sarkozy, quoique prudent vis-à-vis d'un électorat conservateur, ne veut pas être en reste: il vient de botter en touche en confiant à l'ancien ministre Luc Ferry une «mission de réflexion» sur ces sujets!

À moins d'un an des élections présidentielle et législatives, chacun s'emploie donc à renvoyer d'éventuelles avancées au résultat des urnes en 2007. Peut-être cela sera-t-il effectivement le cas, comme après l'élection de François Mitterrand en 1981 où les dispositions discriminatoires visant les relations homosexuelles avaient été supprimées du Code pénal. Mais, comme il y a 25 ans et depuis, ce sont les mobilisations, même minoritaires, qui auront fait bouger les lignes. Sans l'obstination des associations de lutte contre le Sida, souvent issues des mouvements homosexuels, même des mesures aussi limitées que le Pacs, qui concernent également des couples hétéros, n'auraient sans doute pas vu le jour: on se souvient du courage des députés socialistes, désertant l'Assemblée lors du premier débat parlementaire en 1998!

En France et plus généralement en Europe, les mentalités et les institutions changent, heureusement. L'idée d'égalité de droits entre homos et hétérosexuels a progressé ces dernières années, l'exemple le plus frappant étant celui de l'Espagne qui a voté en juin 2005 une loi autorisant le mariage et l'adoption par des personnes du même sexe. Mais l'évolution est récente, timide... et pas forcément irréversible. En Pologne, les principaux responsables de l'exécutif se livrent sans retenue à des déclarations homophobes. Quant à la Russie, un rassemblement en faveur des droits des homosexuels s'est soldé le mois dernier à Moscou par l'arrestation des organisateurs et une démonstration de force hostile des milieux religieux orthodoxes et ultranationalistes! Triste bilan dans un pays qui, au lendemain de la Révolution d'Octobre, avait aboli toute pénalisation de l'homosexualité... avant que la réaction stalinienne ne la rende à nouveau passible de prison en 1934. L'homosexualité considérée comme vice bourgeois étranger à la classe ouvrière resta pendant des décennies la doctrine des partis staliniens. Auparavant pourtant, le Parti communiste allemand s'était plutôt illustré par sa dénonciation d'une législation répressive, ce «paragraphe 175» du Code pénal qui, durci par les nazis, allait justifier la déportation vers les camps de concentration de milliers d'homosexuels. Conservé en RFA, modifié en RDA, le texte n'a été aboli qu'en 1994, après la réunification allemande. Quant à la loi anglaise qui avait notamment permis d'envoyer Oscar Wilde en prison, elle ne fut abrogée qu'en 1967! Aux USA, même peu appliquées, les lois de certains États prétendaient encore récemment régenter jusqu'aux pratiques sexuelles en privé entre adultes consentants! En juin 2003 seulement, la Cour suprême américaine déclarait inconstitutionnelle une telle loi du Texas, visant les homosexuels. Quant à l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), c'est en mai 1990 seulement qu'elle retirait l'homosexualité de la liste des maladies mentales. Et on ne saurait oublier que l'homosexualité reste aujourd'hui punie de prison par de nombreux États et passible de mort dans quelques-uns comme l'Iran, l'Afghanistan et l'Arabie Saoudite.

D'où la nécessité d'apporter toute notre solidarité au combat contre ces discriminations comme contre toutes celles à caractère raciste, sexiste. Même lorsque nous ne reprenons pas à notre compte toutes les idées qu'il véhicule. En particulier à propos du mariage: en tant que communistes, c'est à l'égalité dans le cadre de l'union libre que nous aspirons.

Au-delà, la mise en Suvre de bien des droits inscrits sur le papier reste à gagner. Car il ne suffit pas, par exemple, que le Code du travail interdise toute discrimination en raison de l'orientation sexuelle comme de la couleur de la peau ou de l'état de santé pour qu'il en soit ainsi au quotidien pour bien des travailleurs.

Gérard WEGAN