Soins dentaires : Hausse des tarifs aux dépens des petits revenus

23 Mars 2006

L'Union nationale des caisses d'assurance maladie et deux syndicats de dentistes ont signé un accord prévoyant une hausse des tarifs des soins dentaires de base. Les dentistes, qui se plaignaient de tarifs inchangés depuis 1997 et réclamaient leur doublement d'ici cinq ans, obtiennent donc satisfaction sur un premier volet de leurs revendications.

Le porte-parole de la Confédération nationale des syndicats dentaires (CNSD) a qualifié cet accord d'"équilibré". Une belle hypocrisie! Car les dentistes sont les seuls bénéficiaires. Ainsi le traitement d'une carie simple passera de 14,47 euros a 16,87 euros (soit + 16,6%). Pour une extraction, il en coutera 34 euros contre 20,90 aujourd'hui (+ 62,7%) et la dévitalisation d'une molaire reviendra a 81,94 euros au lieu de 60,25 (+ 36%). Le président de la CNSD reconnaît quand même que "ce sont des augmentations substantielles", se dépêchant d'ajouter, pour les justifier, qu'"elles permettent aux chirurgiens dentistes de couvrir leurs charges". Auraient-ils augmenté les salaires de leurs secrétaires et assistants dans les mêmes proportions?

Les dentistes prétendent que ces augmentations ne coûteront rien à leurs patients puisqu'ils seront remboursés comme avant, à hauteur de 70% par l'assurance maladie et de 30% par leur mutuelle. À condition de pouvoir se payer une mutuelle, ce qui n'est pas le cas d'au moins 5% des assurés sociaux, que l'on retrouve dans les catégories les plus pauvres de la population. Et ce chiffre ne cesse de croître, car beaucoup ne peuvent suivre les augmentations répétées des cotisations. L'accord entre l'assurance maladie et les dentistes devrait contribuer à accentuer cette tendance puisqu'il devrait coûter environ 90 millions d'euros aux mutuelles, qui du coup répercuteront cette charge supplémentaire dans leurs tarifs.

Quant au prix des couronnes, bridges et autres appareils dentaires. il ne va pas baisser. Leur coût est exorbitant et les malades ne sont remboursés, même s'ils disposent d'une mutuelle, que pour des montants ridicules. Ces soins représentent une part importante de l'activité et donc des revenus des chirurgiens dentistes. Jusqu'alors ceux-ci justifiaient le prix élevé des prothèses par le trop faible revenu qu'ils tiraient des soins courants. Mais ils ne vont pas les baisser pour autant. Ils s'engagent seulement, sans donner plus de précision sur la durée de cet engagement, a ne pas les augmenter! Et, bien sûr, rien n'est prévu pour le jour où ils rompront cet engagement.

La mauvaise prise en charge des soins, et plus encore celle des prothèses dentaires, prive déja toute une frange de la population de l'accès à des soins devenus trop onéreux. En acceptant de donner satisfaction aux dentistes, l'assurance maladie ne va pas améliorer la situation.

Roger MEYNIER