Irak : Le prix de la guerre et ceux qui en profitent

23 Mars 2006

Trois ans après le début de l'intervention américaine en Irak, et alors qu'elle est maintenant de plus en plus contestée aux États-Unis, Bush a commencé un série de discours pour tenter de la justifier. "Je reste optimiste parce que, lentement mais sûrement, notre stratégie donne des résultats(...). La décision de renverser Saddam Hussein était la bonne", a-t-il déclaré dans son intervention radiodiffusée du samedi 18 mars. "Il peut sembler difficile parfois de comprendre pourquoi nous pouvons dire qu'il y a des progrès", a-t-il osé ajouter.

Il faut tout le cynisme d'un représentant de l'impérialisme pour oser parler de progrès, alors que l'occupation est responsable de la mort de dizaines de milliers de civils irakiens et du chaos sanglant dans lequel l'Irak s'enfonce de jour en jour. Quand Bush décida d'intervenir en Irak le 20mars 2003, il expliqua que l'Irak disposait d'armes de destruction massive, dont on a la preuve aujourd'hui qu'elles n'ont jamais existé. Ce pays constituait prétendument une menace pour la sécurité des États-Unis. Bush affirmait alors également que l'armée américaine intervenait pour le bien du peuple irakien, pour abattre la dictature de Saddam Hussein et instaurer la démocratie. La justification n'était guère originale, tant d'actes barbares commis par l'impérialisme l'ayant été au nom de la démocratie et de la civilisation.

Aujourd'hui, Bush avance d'autres arguments tout aussi hypocrites pour tenter de justifier le maintien, trois ans après, de l'armée américaine en Irak. Il explique en particulier que le but est d'empêcher le bain de sang provoqué par les conflits religieux. La montée des forces religieuses et la lutte que les différentes factions, chiites et sunnites, se livrent entre elles pour le pouvoir, qui se traduit par des attentats quotidiens et son lot de morts et de blessés parmi la population, est pourtant, au contraire, une conséquence directe de l'occupation.

Les véritables raisons de l'intervention, puis du maintien de l'impérialisme américain en Irak n'ont rien à voir avec un quelconque souci du sort de la population irakienne, pas plus aujourd'hui qu'il y a trois ans. Bien au contraire

Elles sont plutôt à chercher dans les immenses réserves pétrolières dont dispose l'Irak qui sont les deuxièmes du monde, dont l'essentiel n'a pas été extrait. L'administration américaine a aidé, par la guerre, les trusts pétroliers américains à mettre la main sur ces ressources.

La "reconstruction" du pays est un terme impropre, car il n'a jamais été question de reconstruire des infrastructures utiles à la population, hôpitaux, écoles ou autres. En fait, elle a également offert un marché profitable qui était évalué, en avril 2003, un mois seulement après le début de l'intervention américaine, à au moins 100milliards de dollars. À cette même époque, la firme Bechtel, la plus importante entreprise de travaux publics américaine, était parvenue à arracher de son côté un marché de 680millions de dollars. Le premier équipementier mondial d'installations pétrolières, Halliburton, le groupe dirigé par Dick Cheney avant qu'il n'accède à la vice-présidence des États-Unis, s'était vu attribuer, quant à lui, un contrat d'extinction et de remise en état des puits de pétrole estimé à 2milliards de dollars dès la fin de l'année 2003. Halliburton a également tiré profit de la construction d'extensions pénitentiaires du camp de Guantanamo, et sa filiale Kellogg Root and Brown est devenue une des principales entreprises fournissant des "armées privées" pour assurer la sécurité des entreprises en Irak, entre autres.

Le chaos irakien pose peut-être quelques problèmes dans l'immédiat à certaines entreprises capitalistes. L'exploitation des ressources pétrolières, par exemple, est rendue très difficile, voire impossible, du fait de la multiplication des attentats. Mais cela n'empêche pas bon nombre d'entre elles de faire des profits considérables, en particulier toutes celles qui tirent leurs profits de la vente d'armements ou des équipements militaires et annexes, payés par le budget américain. La population irakienne continue de payer le prix du sang, et les soldats américains continuent de mourir, pour que fleurissent les profits d'une poignée de brigands capitalistes conduits et protégés par Bush.

Aline RETESSE