CAC40, profits records : Ils pleurent la bouche pleine

23 Mars 2006

Les grandes sociétés françaises ont fait en 2005 des profits exceptionnels. Les sociétés cotées en Bourse qui servent à calculer le CAC 40 totalisent 84milliards de bénéfices: Total 12milliards, Sanofi Aventis 6,3milliards, BNP Paribas 5,9milliards, France Télécom 5,7milliards, Société Générale 4,4milliards, Axa 4,2milliards, Crédit Agricole 3,9milliards, Arcelor3,8 milliards, Renault3,4 milliards, EDF 3,2milliards, Vivendi 3,1milliards, etc. La progression de ces bénéfices est de 30% par rapport à 2004, qui était déjà une année supérieure de 64% à 2003.

Ces profits font le bonheur des actionnaires, à la fois par la hausse des actions et par celle des dividendes, dont la moyenne de progression est aussi de 30%, avec des records: France Télécom 100%, Arcelor 85%, Axa 44%, Société Générale 36%.

Des salariés en auront quelques miettes, ceux du moins qui ont droit à la participation et à l'intéressement, mais avec retard. Les groupes distribueront parfois l'équivalent d'un mois ou un mois et demi de salaire à leurs salariés. Mais que représentent les 79 millions versés à ce titre par Total ou les 184 millions versés par Renault, et dont les travailleurs des entreprises sous-traitantes et les intérimaires ne voient pas la couleur? 0,63% des profits dans un cas, 5,4% dans l'autre, répartis entre des dizaines de milliers de salariés. Et ces profits exceptionnels n'entraîneront pas d'augmentations conséquentes et générales des salaires, qui restent pratiquement bloqués pour les travailleurs de ces groupes comme pour le reste de la classe ouvrière.

Des économistes arguent que l'on ne peut comparer les salaires versés en France et les profits, qui viennent, disent-ils, en grande partie de l'étranger. C'est vrai qu'il est impossible et vain de vouloir distinguer ce qui, dans ces trusts, serait "français" et ce qui relèverait de "l'international", que ce soit pour les matières premières, les fabrications, les ventes, les placements, etc. Mais il s'agit de groupes contrôlés par des capitaux français, plus quelques rares regroupements européens, comme Arcelor ou EADS. Et ces profits sont bien créés par l'exploitation des travailleurs, et non par le "travail" de ces possédants.

On entend dire aussi que, si ces groupes du CAC 40 font des profits faramineux, ce n'est pas le cas de la majorité des entreprises, qui au contraire auraient bien de la peine à s'en sortir. C'est peut-être vrai pour certains artisans et petits commerçants, qui ne roulent pas tous sur l'or. Mais l'argument ne vaut plus dès qu'il s'agit de sociétés industrielles ou commerciales plus importantes. Ces entreprises dites petites ou moyennes, les PMI et les PME, sont parfois des appendices de grands groupes, dont elles sont filiales. Il peut arriver qu'elles soient mises en faillite, rachetées, fusionnées, etc. Mais si les salariés sont victimes de tous ces aléas, les possédants n'en souffrent guère. Leur fortune personnelle ne se confond pas avec l'entreprise. Quand une usine disparaît, les capitaux continuent leur vie, s'investissant dans une autre usine, ou une autre branche.

Les groupes capitalistes français roulent sur l'or. Leurs patrons et actionnaires ont des richesses à ne plus savoir qu'en faire. Ces milliards devraient servir à créer les emplois et les produits qui seraient nécessaires pour assurer une vie convenable à toute la collectivité.

Vincent GELAS