Irak : Derrière les affrontements religieux, le poids de la présence des troupes impérialistes

02 Mars 2006

Deux mois à peine après les élections parlementaires, l'Irak vient de connaître une vague de violences encore supérieure à ce que les attentats presque quotidiens font subir à la population des principales villes du pays.

L'attentat qui a visé, le 22 février, la Mosquée d'or de Samarra, un lieu symbolique pour les croyants chiites situé dans une ville majoritairement sunnite, n'a pas par lui-même fait de victimes. Mais les violentes ripostes visant la communauté sunnite, les contre-ripostes, les manifestations et la répression de celles-ci auraient provoqué la mort de près de deux cents personnes.

L'attentat de départ, contre le mausolée chiite, serait attribué à la branche irakienne d'al-Qaïda, les tafkiri. Les actes de représailles, attaques de dizaines de mosquées sunnites, mais aussi l'assassinat de 47 ouvriers, sunnites comme chiites, obligés par un faux barrage à descendre de leur bus, les tirs de mortiers sur Hurriyah, un quartier de Bagdad majoritairement peuplé de chiites, puis sur Dora, autre quartier, à majorité sunnite, ont conduit le ministre irakien de la Défense à décréter un couvre-feu de trois jours, puis à déployer des chars dans la capitale. Le couvre-feu et l'interdiction de circulation pour les véhicules civils ont eu pour effet secondaire d'empêcher l'approvisionnement de la population en produits alimentaires, aggravant la pénurie.

Ces violences ciblées, comme les attentats suicides qui surviennent périodiquement depuis des mois, ne sont pourtant pas apparues fortuitement. Elles sont l'oeuvre des milices rivales, bras armés des partis politiques islamistes qui s'affrontent pour le pouvoir, dans le cadre du simulacre de démocratie qui règne en Irak et sous la férule des armées impérialistes, essentiellement américaine et britannique.

Depuis les élections du 15 décembre, entachées de pressions et de fraudes, et réalisées dans l'atmosphère délétère d'un pays détruit et toujours occupé, les négociations -officielles et officieuses- sont toujours en cours pour la formation de la coalition gouvernementale. Entre les partis chiites, qui se targuent de représenter plus de la moitié de la population arabe d'Irak, le Front de la Concorde, regroupement des factions sunnites -près d'un quart des Irakiens arabes sont sunnites- et les partis nationalistes kurdes, les âpres pourparlers se sont pour le moment transformés en appels communs au calme face au risque de «guerre civile», selon les termes du ministre chiite de la Défense. «Le peuple irakien a un seul ennemi: le terrorisme», a pour sa part déclaré le Premier ministre chiite Jaafari. Le jeune chef religieux chiite Moqtada al-Sadr, dont la milice, «l'Armée du Mahdi», semble avoir organisé la plupart des attentats anti-sunnites, s'est quant à lui payé le luxe d'appeler depuis Bassora à «une manifestation unitaire à Bagdad pour réclamer le départ des forces d'occupation».

Cette rivalité entre factions, encore exacerbée depuis les élections, entretient dans l'ensemble du pays un climat de sanglantes tensions intercommunautaires. Mais c'est l'intervention américaine elle-même qui en est responsable, les autorités d'occupation ayant cherché, après leur intervention, à s'appuyer sur les chefs communautaires, en particulier les chiites au détriment des sunnites. Elles ont également favorisé les factions qui leur paraissaient les plus prêtes à collaborer, au détriment de celles qui cherchaient à s'opposer à l'occupation. Cela a alimenté les surenchères et finalement le chaos actuel qui met le pays au bord de la guerre civile.

Pendant ce temps, sous couvert d'appeler à la «paix», les pressions des États-Unis continuent, de la voix même de Bush ou par ambassadeur en Irak interposé. Ceux-ci s'impatientent, tapent du pied et demandent pourquoi diable une solution n'a pas encore été trouvée. Mais ce qu'ils auraient de mieux à faire, même si cela ne mettrait pas fin au chaos que l'intervention américaine a déclenché et dont la population irakienne paye les conséquences, serait d'évacuer immédiatement les troupes de la coalition.

Viviane LAFONT