Manifestations contre les caricatures de Mahomet : La réaction sous le voile de la religion

16 Février 2006

Samedi 11 février, à Paris et à Strasbourg, des milliers de musulmans ont manifesté contre la publication des caricatures de Mahomet dans la presse. Mais, derrière le paravent du «respect des religions» se profile une opération politique qui vise à terme la population d'origine musulmane au même titre que toute la société.

«Nous voulons montrer pacifiquement que les musulmans ont été profondément blessés par les caricatures, qu'il ne s'agit pas de liberté d'expression mais d'insultes qui dépassent les limites de l'offense» a déclaré un des responsables de la manifestation parisienne. Ainsi donc, cette manifestation n'aurait été, d'après ses organisateurs, que le cri de protestation de milliers de musulmans offensés, en tant que tels, dans leurs convictions religieuses.

Beaucoup d'immigrés ont le sentiment qu'ils sont considérés comme des citoyens de seconde zone. Victimes du racisme, ils vivent souvent dans des quartiers où les conditions de logement sont déplorables. Quand ils ne sont pas au chômage, ils sont généralement cantonnés aux emplois les plus durs et les moins bien payés. Et la situation se prolonge, de génération en génération. Ceux qui sont de culture musulmane peuvent estimer que ce mépris social les vise à cause de cette origine religieuse. Et ce ne sont pas les déclarations de certains politiques ni les confusions faites, plus ou moins innocemment, par une partie de la presse entre islam et organisations terroristes islamistes qui peuvent aider à clarifier les choses.

Cela explique sans doute que des milliers d'hommes et de femmes immigrés ont participé à ces démonstrations. Mais en se mettant dans le sillage de ceux qui crient au blasphème, ils se trompent de camp. Le but des organisateurs de ces manifestations n'est pas d'organiser la défense sociale des immigrés, même communautaire. C'est une opération politique visant à les encadrer dans un mouvement ultra réactionnaire. Derrière les discours sur le respect dû à la religion et au «prophète» se profile l'enfermement des femmes derrière leur voile et leurs fenêtres closes; quand ce n'est pas, pour certains, la justification de la lapidation de la «femme adultère».

Quand ces gens-là vitupèrent contre les communistes, ce n'est pas seulement parce que ceux-ci sont athées. C'est aussi parce que les islamistes sont les adversaires déclarés de toutes les idées d'émancipation des travailleurs.

Et ce sont les travailleurs de culture musulmane qui sont les plus menacés. Les islamistes ne feront pas la loi chez les autres. Mais ils la font déjà dans certaines banlieues, faisant pression pour imposer le voile aux femmes, le respect du ramadan, l'interdiction de l'alcool, à tous.

À Paris comme à Strasbourg, dans les manifestations, des pancartes en appelaient à une loi contre «l'islamophobie». Mais qu'est-ce que cela veut dire? Devrait-il y avoir aussi une loi contre la «catholicophobie» et la «protestantophobie»? On sourit à imaginer celle contre la «mécréantophobie»... Et certains de se saisir, comme argument en faveur de leur projet, de l'existence de la loi contre le racisme et l'antisémitisme. Mais cela n'a rien à voir. Ce texte a pour objectif la protection des personnes contre des actes dont ils pourraient être victimes mais pas des critiques de leurs idées dont ils pourraient être l'objet de la part de ceux qui ne les partagent pas. Les hommes ont droit au respect de leur personne. Les idées, toutes les idées, doivent pouvoir être soumises à la confrontation et à la critique.

Il n'y a d'ailleurs pas que les intégristes musulmans pour camoufler des idées réactionnaires sous le voile du respect qui serait dû à la religion. Il y a deux ans, une organisation intégriste catholique d'extrême droite a réussi à faire condamner à une amende de 1000 euros avec sursis l'association AIDES de lutte contre le Sida à cause d'un slogan publicitaire énonçant «Sainte-Capote, protège-nous», associé à l'image d'une religieuse! Un an plus tard, une affiche de créateurs de mode en forme de pastiche du tableau de la Cène de Léonard de Vinci a été interdite après la plainte d'une autre association extrémiste d'évêques, au prétexte qu'elle constituait «un acte d'intrusion agressive et gratuite dans les tréfonds des croyances intimes»...

Ce n'est pas leurs idées religieuses que ces gens-là défendaient avec l'aide de magistrats tout aussi réactionnaires. Ils manifestaient leur volonté d'imposer leur censure contre tous ceux qui ne partagent pas leur point de vue. Et ce n'est pas un hasard si ce genre de catholiques se retrouve généralement parmi les admirateurs de Le Pen ou de Villiers.

S. G.