Y a le feu... pour entrer en lutte tous ensemble!

10 Novembre 2005

C'est la révolte d'une fraction de la jeunesse ouvrière qui en une douzaine de jours s'est étendue dans les quartiers où vivent les familles en situation la plus précaire dans le travail comme les conditions de vie.

C'est la révolte de la génération qui est appelée à venir nous rejoindre à l'usine, au chantier ou au bureau; et nous rejoint parfois déjà... par intermittence, parce que tout ce qu'on lui offre c'est petits boulots ou postes d'intérim. Que nous soyons français de longues générations ou immigrés de date récente, ce sont nos enfants, nos frères, nos soeurs, ou les futurs camarades de nos enfants, ceux avec qui ceux-ci devront partager une vie de galère ou de dignité... suivant ce que nous en aurons fait.

C'est bien d'ailleurs la rage contre cette vie de galère et l'envie de dignité qui poussent ces jeunes dans la rue chaque soir. Pour venger la mort absurde des deux adolescents de Clichy-sous-bois, pour riposter aux insultes de Sarkozy les traitant de "racaille" ou prétendant nettoyer leur quartier au karcher, pour faire payer les brimades et les vexations d'une police hostile et méprisante.

Sans moyens, sans travail, sans éducation (ou quand ils en ont une, les employeurs s'en foutent), ils ne voient souvent de perspective que dans l'individualisme, la débrouillardise, les trafics, petits ou grands. Pas étonnant que lorsqu'elle explose, leur révolte reste aveugle dans ses cibles, qu'ils cassent pour casser, brûlent pour brûler, caillassent les bus, les trains ou les pompiers comme les policiers...

Le gouvernement et les capitalistes, les vrais responsables de la situation des banlieues, sont à l'abri de leurs pierres. Leurs voitures comme leurs résidences sont protégées de leurs cocktails molotov.

Ils ne le seraient pas d'un mouvement de colère de l'ensemble des salariés. Celui-là d'ailleurs n'aurait pas besoin de jeter des pierres ni de mettre le feu. Il aurait d'autres moyens, plus efficaces, pour mettre les puissants à genoux, de la grève jusqu'au soulèvement massif qui pourrait être d'autant plus pacifique qu'il serait puissant: même des dizaines de milliers de policiers ne peuvent barrer les rues à des millions de travailleurs. Mai 68 a atteint sa vigueur maximum quand l'insurrection étudiante (qui avait aussi brûlé des voitures) a débouché sur la grève générale.

Certes les jeunes sont loin d'être tous conscients que leur révolte aurait intérêt à déboucher sur un mouvement bien plus large de tout le monde du travail. Beaucoup n'ont même aucun sentiment d'appartenir à ce monde du travail. Les plus inconscients, ou les plus stupides, semblent même se contre-foutre du reste de la population, quand ils brûlent les voitures des gens de leur cité par exemple. Ils montrent même parfois une hostilité aux autres travailleurs, quand ils caillassent trains ou bus avec voyageurs et conducteurs.

C'est là l'impasse, et pour eux et pour nous tous. Mais les oeillères et les préjugés d'une jeunesse sans tradition politique ni éducation sociale, ne tomberont pas toutes seules si ce monde du travail ne montre pas une détermination au moins aussi grande que la leur d'en découdre avec nos ennemis communs. Et tant que ceux qui passent pour ses dirigeants seront aussi lâches; tant que la gauche proposera... d'attendre les élections; tant que les dirigeants syndicaux feront tout pour éteindre nos luttes ou isoler les plus radicales, comme ils viennent de le faire avec les marins et les traminots Marseille.

Seuls nous, travailleurs, pouvons donner une perspective à la révolte des jeunes. En entamant une lutte aussi déterminée que la leur, mais avec d'autres moyens, pour imposer les objectifs qui changeraient immédiatement leur vie... et la nôtre: augmentation de tous les salaires, interdiction des licenciements et des contrats de précarité, augmentation de tous les salaires de 300 euros par mois, remboursement des milliards de subventions reçus par les patrons pour créer des centaines de milliers de nouveaux emplois dans les services publics, réquisition des logements vacants des riches.

Alors nous n'aurions plus à craindre pour nos écoles, nos bus ou nos voitures.

Éditorial des bulletinsd'entreprises "l'Étincelle" de la minorité du 7 novembre 2005

Convergences Révolutionnaires n° 42 (novembre-décembre 2005)
Bimestriel publié par la Fraction
Dossier: Le scandale de l'eau: douce pour les profits, salée pour la population.
Articles: Devant la flambée des banlieue, démission! De qui? - Des exemples de mobilisations contre l'expulsion de sans-papiers ou les déménagements musclés de Sarkozy -L'unité syndicale... contre la convergence des luttes - SNCF: entre le piège de l'intéressement et le débouché des grèves - Belgique: la grève revient à la mode! - Allemagne: lâcher son programme pour l'ombre dans le Linkspartei?
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