Mettre à profit les journées d'action successives

06 Janvier 2005

Un certain nombre de journées d'action ont été programmées en ce mois de janvier: le 18, les fédérations de La Poste CGT, Sud et FO appellent à une journée d'action "contre la loi de dérégulation postale et pour les revendications" le jour où l'examen de celle-ci commence à l'Assemblée nationale; le 19, ce sont les cheminots qui sont appelés à faire grève contre le budget 2005 de la SNCF, qui prévoit près de 4000 suppressions d'emplois; et puis le 20 janvier c'est une journée d'action de la fonction publique qui est programmée pour protester contre les propositions salariales faites par le ministre. Cela concerne la fonction publique d'État, de même que les fonctions publiques hospitalière et territoriale.

Les appels à l'action ont beau être diversifiés, les journées d'action elles-mêmes éparpillées, les postiers, les cheminots, les hospitaliers, les enseignants sont touchés par les suppressions de postes, qui sont massives dans tous les secteurs, les conditions de travail qui se dégradent, les salaires qui n'augmentent pas. C'est la politique d'économies pratiquée par le gouvernement au détriment des services publics, de tous les services publics, qui fait que, par-delà les spécificités de chaque branche, les problèmes auxquels les travailleurs sont confrontés sont fondamentalement les mêmes. Alors pourquoi vouloir disperser les protestations?

Certes, il ne suffira pas d'une journée d'action commune pour que tous les travailleurs se rassemblent, reprennent confiance et engagent la lutte pour peser sur la politique patronale et gouvernementale. Tous les militants savent bien que les grèves ne se déclenchent pas en appuyant sur un bouton et connaissent les difficultés qu'on rencontre pour redonner confiance autour de soi et faire partager l'envie de manifester son mécontentement. Il ne suffit pas d'un appel à agir tous le même jour pour qu'il soit suivi de... tous. Mais les organisations syndicales pourraient au moins indiquer la voie à suivre et affirmer que c'est tous ensemble qu'on pourra inverser le rapport de forces et mettre un coup d'arrêt aux attaques gouvernementales et patronales. Une journée commune serait l'occasion de l'expliquer largement et de redonner davantage confiance à tous ceux qui se retrouveraient ainsi ensemble, plus nombreux et plus conscients de la force qu'ils représentent.

Il ne se passe pas de semaine sans que de nouvelles mesures soient décidées ou entrent en application, qui rendent la vie du plus grand nombre de plus en plus difficile: c'est la succession des plans de suppressions d'emplois, qui se traduisent par des licenciements, des mutations, des déclassements; des conditions de travail empirées pour les plus chanceux, le chômage et la misère pour les autres. Ce sont toutes les mesures qui rendent le travail de plus en plus précaire et qui amputent le pouvoir d'achat des travailleurs, les appauvrissent et transforment même carrément un nombre croissant de salariés en "travailleurs pauvres": augmentation des prix et des taxes, du gaz, du timbre- poste, des transports, des impôts locaux et de la CSG, augmentation du forfait hospitalier, des prix des consultations et des actes médicaux, augmentation du tarif des mutuelles... Au fil des semaines se multiplient les raisons de réagir pour dire au moins que nous ne sommes pas consentants!

Les arrière-pensées et les calculs des directions syndicales se traduisent pas des journées d'action séparées sur des mots d'ordre différents. Au lieu de créer l'élan nécessaire, cela suscite à juste titre la méfiance. Mais la meilleure façon de déjouer ces calculs et d'y répondre serait de les prendre au mot, de profiter des journées programmées pour faire entendre le mécontentement des travailleurs. Si les journées d'action proposées sont des succès, ce sera un encouragement pour tous, à la fois ceux qui y participeront et ceux qui ont perdu confiance. Ce sera l'occasion de montrer que les travailleurs ne sont pas dupes des mensonges qu'on leur sert pour leur faire accepter les sacrifices.

Faire de ces journées des succès serait aussi une façon d'enlever tout prétexte à l'attentisme des directions syndicales. Ce serait poser des jalons pour les luttes futures qu'il faudra bien mener pour faire ravaler au patronat et au gouvernement leur morgue et leur cynisme et leur faire remballer leurs mauvais coups.

Dominique CHABLIS