Alstom-Chantiers de l'Atlantique (Saint-Nazaire) : Le patron met en scène ses attaques

15 Décembre 2004

Après les cinq années du boom de la construction de paquebots de croisière qui se sont achevées avec la livraison du Queen-Mary II fin 2003, la charge de travail s'est considérablement amoindrie aux Chantiers de l'Atlantique.

Les premiers à en faire les frais ont été les travailleurs intérimaires ou en fixe des entreprises sous-traitantes. De 8000 présents sur le site il y a un an, ils ne sont plus qu'environ 3000 aujourd'hui. Le taux de chômage de la région est largement repassé au-dessus de la moyenne nationale.

Quant au nombre de travailleurs embauchés directement par Alstom, il est passé de 5000 il y a deux ans à moins de 4000 aujourd'hui, et le chiffre de 2500 est envisagé pour la fin 2005. Tout cela sans même avoir besoin de recourir à un "plan social".

Le double miracle de l'amiante

Pendant des dizaines d'années, la direction des Chantiers a sacrifié au profit la santé des travailleurs, exposés massivement au poison de l'amiante. Mais face au scandale grandissant, l'amiante a été interdit en 1997, et en 2000 un fonds d'indemnisation finançant les départs anticipés des travailleurs exposés a été créé.

Tant que la production battait son plein, les Chantiers ont tout fait pour que l'exposition à l'amiante des travailleurs ne soit pas reconnue. Il y a quatre ans, la date finale d'exposition retenue par le gouvernement était 1982. Cette décision avait donné lieu à plusieurs débrayages et la colère des salariés exposés était grande, tant il était notoirement connu que l'amiante avait été largement utilisé aux Chantiers jusqu'à la fin des années 1990.

Mais cette année, la direction a vu dans les départs anticipés des travailleurs exposés à l'amiante une possibilité rapide et gratuite de se débarrasser au plus vite d'un grand nombre de salariés, anciens dans l'entreprise et mieux rémunérés que les jeunes embauchés. Avec l'appui du gouvernement, elle a brutalement reconnu l'exposition à l'amiante jusqu'en 1996. Avec cette mesure, largement justifiée pour les salariés exposés, la direction des Chantiers a déjà supprimé près de 1000 emplois en fixe, puisqu'il n'y a aucune embauche en contrepartie, quasiment sans débourser un centime.

Le show du PDG

C'est dans ce climat que Boissier, le PDG, a choisi de présenter en grande pompe à l'ensemble du personnel son nouveau plan d'entreprise. En fait de nouveau plan, nous avons eu droit à un remake du plan que ce même PDG avait fait lors de son arrivée en 1997, lorsqu'il avait annoncé que les Chantiers devaient gagner 30% de productivité en trois ans pour continuer à exister. Objectif qui a été atteint et largement dépassé par la suite.

C'est dans un décor digne d'un meeting de campagne de l'UMP que les cadres d'abord, puis l'ensemble du personnel par groupe de 900 ensuite, ont eu droit au show de la direction.

Et c'est sur une musique tonitruante que nous avons eu droit à la projection d'un vidéo-clip sur les dernières années des Chantiers de l'Atlantique. Après cette projection, le PDG nous a expliqué que les Chantiers risquaient de perdre de l'argent au cours des deux prochaines années (pas un mot bien sûr sur les dernières années, extrêmement profitables) et que le pire était à craindre... Avec la conviction d'un arracheur de dents payé à la tâche, il a tenté de nous expliquer que nous n'avions d'autre choix que de baisser les coûts des navires de 15% en trois mois. Pour l'occasion, il a sorti quelques slogans chocs du type "À chacun de fournir une heure de plus de travail effectif chaque jour" ou "À chacun de redevenir n° 1". Mais derrière les slogans, Boissier a clairement brandi le bâton. Menaces sur les salaires d'abord, puisqu'il présente les coûts salariaux des Chantiers comme un obstacle à la prise de commande. Il a annoncé d'ailleurs à l'ensemble des salariés que, pour "contourner l'obstacle", il décidait dès à présent de faire construire des parties importantes des navires assemblés à Saint-Nazaire dans un chantier naval d'un pays de l'Est et qu'il ouvrait une succursale d'achat en Chine, pour s'approvisionner au moindre coût. En fait, ces pratiques sont déjà courantes depuis des années, la seule nouveauté réside cette fois dans son annonce publique.

Menaces sur le temps et les conditions de travail, pressions sur les cadences ensuite, puisque Boissier affirme que les salariés des Chantiers de l'Atlantique ne produisent que durant 45% de leur journée de travail. Magnanime, il concède que la partie non productive de la journée est consacrée aux pauses légales, aux pannes de machines ou d'installation, aux défauts d'approvisionnement ou autres problèmes d'organisation du travail, mais il estime que chaque salarié pourrait travailler effectivement une heure de plus chaque jour, sans changer, ou presque, la durée du temps de travail. Menaces de sanctions, enfin.

À côté de ces menaces non voilées, le PDG a tenté d'emporter l'adhésion d'une partie au moins des salariés en annonçant la fin du gel des salaires.

Il en a été pour ses frais puisque la fin de ses meetings a été accueillie par un froid glacial, que le premier rang des hauts cadres assistés de haut-parleurs a tenté de briser par quelques petits applaudissements que personne n'a repris.

Correspondant LO

Alstom Saint-Ouen : La fermeture

Areva vient d'annoncer pour la France un millier de suppressions d'emplois, sur les 5300 de la branche T et D d'Alstom (transport et distribution d'énergie) qu'elle a rachetée il y a un an. Le site de Saint-Ouen, aux portes de Paris, une usine qui existe depuis 1920, devrait disparaître.

Depuis dix ans, trois plans sociaux se sont succédé rien qu'à Saint-Ouen, faisant chuter les effectifs de 800 à moins de 300. Les deux derniers plans ont donné lieu à de multiples actions des salariés, et tout licenciement sec a été évité par le biais de mesures d'âge et de départs volontaires. L'annonce de la fermeture intervient alors que le dernier plan n'est pas encore terminé!

Pourtant, la direction n'avait pas été avare de baratin pour faire passer son plan. Elle promettait des investissements lourds, pour "pérenniser l'entreprise". Areva, ce géant du nucléaire, avait été prié par Sarkozy de reprendre cette branche d'Alstom pour la sauver. On voit le résultat: un an après, ils bazardent un emploi sur cinq, un millier en France plus 500 externalisations, et sans doute d'autres en Europe.

Ce n'est pas que la branche aille si mal. Ils considèrent simplement que la rentabilité n'est pas suffisante: Areva prétend ne faire "que" 2% et en voudrait 8 comme ses concurrents.

C'est bien ce qui révolte les salariés. Depuis l'annonce de la fermeture il y a eu deux débrayages en huit jours. Tout le monde a dit ce qu'il avait sur le coeur, traitant le directeur de menteur, lui qui depuis deux ans faisait du cinéma sur les efforts, la qualité, les délais à tenir... Il avait même fait signer par ses directeurs une pétition intitulée "Mobilisons-nous", des directeurs qui ont déjà quitté le navire!

Depuis l'annonce, la production est quasi arrêtée, tout le monde discute. Depuis les derniers plans, les salariés ont appris à se connaître, des ateliers aux bureaux, à être solidaires et à réagir ensemble. C'est ce qui inquiète la direction, d'ailleurs, qui a préféré tenir le Comité d'entreprise en dehors de l'usine. Des dizaines de policiers sont venus, mais les délégués ont refusé de siéger dans ces conditions.

Cet état d'esprit des travailleurs est effectivement le meilleur gage pour la suite.

Correspondant LO