Reims-Aerospace (Marne) : licenciements, heures sup', intérim... et argent public

18 Novembre 2004

Près de six mois après le dernier plan de licenciements, la mairie de Reims et l'entreprise aéronautique Reims-Aerospace viennent de finaliser un accord qui prévoit le rachat des murs et du terrain de l'entreprise par les collectivités locales. Reims-Aerospace aura quinze ans pour rembourser et redevenir propriétaire. Cela revient à accorder à l'entreprise licencieuse un prêt de 2,6 millions d'euros, sans aucune garantie qu'elle maintienne son activité et les emplois.

Cette opération d'aide à Reims-Aerospace, baptisée "lease back", a été revendiquée aussi bien par la droite qui détient la mairie de Reims et le Conseil général de la Marne, que par la gauche qui préside le Conseil régional de Champagne-Ardenne. Tous prétendent défendre ainsi l'emploi dans la région.

Pourtant la promesse de cette aide, mise en avant depuis longtemps, n'a pas atténué les deux derniers plans de licenciements. Un premier plan avait supprimé environ 140 emplois en 2003, lors de la reprise par le groupe financier Ventana de l'entreprise Reims-Aviation qui était en dépôt de bilan. Un second plan s'était conclu en mars 2004 par le licenciement d'une trentaine de salariés.

L'argent maintenant versé ne rassure pas non plus quant à l'avenir de l'entreprise. La direction affirme n'avoir que trois mois pour "redresser la trésorerie" et neuf mois pour "redonner confiance aux donneurs d'ordres", Dassault Aviation et surtout EADS, qui lui sous-traitent certains de leurs travaux. C'est dire que Reims-Aerospace ne s'engage pas sur du long terme! Aujourd'hui elle empoche et demain elle en réclamera peut-être davantage.

Ce prêt est d'autant plus choquant qu'il intervient alors que l'entreprise a recours à des milliers d'heures supplémentaires (bien au-delà des quotas légaux) et emploie des travailleurs intérimaires pour accomplir le travail de ceux qu'elle a licenciés il y a six mois. Dans tous les secteurs, c'est la course. On livre parfois des éléments qui ne sont pas finis d'assembler. Les chefs sont toujours en train de chercher des "volontaires" pour travailler le samedi ou lors des ponts. Et la direction met la pression sur tous en prétendant que ce sont ceux qui ne veulent pas faire "d'efforts" qui "mettent en péril l'entreprise". Cette ambiance de stress permanent a causé quelques malaises et maladies. L'inspection du travail, de son côté, a établi des dizaines de procès-verbaux pour non-respect de la législation.

Face à la charge de travail, la moindre des choses serait que la direction réembauche les travailleurs qu'elle a licenciés en avril dernier ou en mars 2003. Mais pour obliger la direction à le faire, il ne faut évidemment pas compter sur les politiciens de gauche ou de droite qui, pour distribuer l'argent de nos impôts, n'imposent aucune condition aux patrons qui en sont les seuls bénéficiaires.

Correspondant LO