Fusion Sagem-Snecma : Les craintes des travailleurs

18 Novembre 2004

Le 29 octobre dernier, à la surprise générale, la presse annonçait la fusion du groupe Snecma avec la Sagem. La fusion avait été préparée dans le plus grand secret. Les dirigeants des deux groupes avaient réussi à faire qu'aucune information ne filtre. Même les cadres n'avaient pas eu vent de quoi que ce soit. Ce sont d'ailleurs ces méthodes de conspirateurs qui ont le plus choqué les travailleurs.

Beaucoup d'entre eux se demandent ce qui se cache derrière l'opacité et les tractations financières souterraines qui ont permis à l'État de provoquer du même coup la privatisation du groupe Snecma.

Il y a eu d'abord une OPE (offre publique d'échange) lancée par la Sagem sur la Snecma (trois actions Sagem contre treize Snecma), assortie d'une OPA (offre publique d'achat) fixant à 20euros l'action Snecma. Dans cette opération, l'État engrangera 700 à 800 millions d'euros en revendant juste assez de ses titres pour ne conserver que 30% du capital (62% jusqu'à ce jour). Par ce tour de passe-passe boursier, c'est la Sagem, le "petit Poucet" (3180 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2003 tout de même!) qui contrôlera la Snecma, un des tout premiers motoristes mondiaux (6431 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2003).

Beaucoup de travailleurs ont été surpris par ce "mariage de la carpe et du lapin". En effet, à première vue, il n'y a pas grand-chose de commun entre un fabricant de téléphones portables, grosse société d'électronique, et un fabricant de moteurs d'avion. Pour Jean-Paul Béchat, le patron de la Snecma, il n'y a rien de surprenant à une telle fusion. Et d'expliquer que, "sur le moteur du Rafale, il y a 54 millions de transistors". Mais alors, pourquoi la Snecma a-t-elle fermé il y a quelques années sa Division Électronique, la filiale Elecma-Suresnes dont le personnel avait à l'époque été réparti entre les différents sites Snecma?

Béchat a beau vouloir rassurer le personnel en vantant les mérites d'une association entre "un champion de la mécanique et un champion de l'électronique", il a beau se vouloir rassurant sur l'emploi, beaucoup sont méfiants.

Si de telles tractations peuvent se tramer dans le secret, dans l'opacité la plus totale, qui peut dire aujourd'hui quels sont les aspects négociés en coulisse qui se retourneront demain contre nous? On nous dit que la Sagem devrait emprunter près d'un milliard d'euros pour mener à bien ses offres de rachat. Mais qui peut affirmer qu'un tel endettement programmé ne servira pas de prétexte, plus tard, pour prendre des mesures aux conséquences graves pour les salariés? D'autant qu'il y a un an, cette société était "dans le rouge", selon les patrons. Au secret des patrons, il faut opposer le droit des travailleurs à exercer un réel contrôle sur la comptabilité, les comptes, le droit d'exiger de connaître la réalité des transactions, le niveau d'enrichissement des uns et des autres. Car pour cela on ne peut compter ni sur les patrons de la Snecma, ni sur ceux de la Sagem.

Correspondant LO