En 1964 naissait la CFDT : Bilan de 40 ans de syndicalisme "de proposition"18/11/20042004Journal/medias/journalnumero/images/2004/11/une1894.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

En 1964 naissait la CFDT : Bilan de 40 ans de syndicalisme "de proposition"

En novembre 1964, lors du congrès de la CFTC (Confédération Française des Travailleurs Chrétiens), une majorité des congressistes décidaient de se séparer de la confédération chrétienne, pour fonder la CFDT (Confédération Française Démocratique du Travail).

Les fondateurs de la CFDT prétendaient rompre avec la référence confessionnelle liée à l'Église catholique et qui avait l'image d'un syndicat collaborationniste, prompt à épouser les objectifs patronaux. Les syndicats chrétiens, unifiés dans la CFTC depuis 1919, avaient en effet été créés dès la fin du XIXe siècle pour faire pièce au socialisme et au syndicalisme de lutte de classe. Les statuts de la CFTC évoquaient la grève comme "le dernier moyen à employer pour faire triompher le bon droit", et déclaraient que la CFTC "cherche à obtenir les résultats souhaités par des moyens pacifiques: démarches, envois de cahiers, de desiderata". Et bien que ces démarches pacifiques ne permettaient pas à la classe ouvrière d'obtenir des avancées notables, ce syndicat se situait la plupart du temps contre les grèves.

La CFDT, elle, abandonna la référence chrétienne, mais elle ne se revendiqua pas pour autant de la lutte de classe.

Il fallut que survienne mai 1968 pour que les dirigeants de la CFDT, saisissant l'opportunité, gauchissent leur discours, faisant alors illusion aux yeux de nombre de militants, y compris dans certaines organisations d'extrême gauche.

Les dirigeants de la CFDT n'ont effectivement pas dénigré le mouvement étudiant comme le firent ceux du PCF et dans sa foulée la CGT. Ils n'en cautionnèrent pas moins, comme les dirigeants des autres confédérations, les accords de Grenelle lesquels mirent fin à la grève générale, sur la base d'un compromis minimum loin de correspondre aux possibilités qu'offrait une grève entraînant 10 millions de travailleurs.

D'ailleurs, ce "gauchissement" de la CFDT n'eut qu'un temps. Dans la décennie 1970, elle soutint l'Union de la gauche et le nouveau Parti Socialiste de Mitterrand, dont nombre de ses dirigeants devinrent membres. Puis dans la foulée, elle opéra ce qu'elle appela son "recentrage". Il s'agissait d'"obtenir des résultats concrets, donner espoir", ce qui, déclare-t-elle, "passe par les nécessaires compromis avec ceux qui dirigent l'économie et la vie sociale", renouant avec un réformisme affiché, dans la continuité des positions de la CFTC.

La CFDT devint ainsi l'interlocuteur privilégié des gouvernements, qu'ils soient de droite ou de gauche. En 1995, ses dirigeants, entre autres Nicole Notat, soutinrent activement le plan Juppé d'attaque contre la Sécurité sociale. En 2003, Chérèque cautionna la remise en cause du régime de retraite des fonctionnaires.

Aujourd'hui, sur le terrain du réformisme affiché, que l'on désigne sous le vocable de "syndicalisme de proposition", les différentes confédérations syndicales se font de la concurrence.

Ce syndicalisme-là offre peut-être aux uns et aux autres plus de moyens matériels. Et encore! Mais il est aux antipodes de ce qui est nécessaire aux travailleurs et aux militants pour faire face à la lutte de classe que le patronat et ses complices politiques mènent sans relâche.

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