Contre l'oppression des femmes, donc contre le port du voile à l'école

22 Janvier 2004

"Ni père ni frère ni mari, le voile on l'a choisi", "Voilée ou pas voilée, c'est ça la liberté". Tels étaient les slogans parmi les plus repris, samedi 17 janvier, lors de la manifestation parisienne contre le projet de loi interdisant les signes religieux à l'école.

Mais de quelle liberté parlaient donc les quatre à cinq mille jeunes femmes rassemblées à Paris à l'appel du Parti des musulmans de France? Si l'on en croit l'énergie qu'elles affichaient, la plupart avaient effectivement décidé d'être là pour revendiquer le droit de se voiler. Qu'elles aient librement choisi de se voiler, ça les regarde mais tant pis pour elles, serait-on tenté de dire. Ces militantes d'organisations islamistes revendiquent les chaînes qui les asserviront demain si elles se maintiennent dans leur choix. Mais elles ne le réclament pas que pour elles. Elles militent pour la servitude de milliers de femmes qui, elles, n'ont pas choisi, à qui on ne demande pas leur avis et qui doivent se battre pour le donner. Heureusement, il y en a qui le font et ce sont celles-là que nous soutenons. Il faut que l'école reste un lieu où les jeunes musulmanes puissent échapper aux pressions de ceux qui -pères, frères ou garçons des cités- leur imposent de sortir voilées. Ces jeunes filles n'accèdent pas aux médias car, pour elles, le voile est assorti d'une interdiction ou d'une limitation de leurs sorties et d'un enfermement à la maison.

Il faut choisir son camp

La réalité ce sont des dizaines de milliers de jeunes filles contraintes de se voiler et, pour certaines, mariées de force, et dont le seul avenir est celui de femmes enfermées moralement et physiquement par des hommes qui se sont arrogé tous les pouvoirs sur elles. Et pas seulement en Iran, en Afghanistan et dans les pays où règnent la loi islamiste, mais ici, dans les cités. Si le voile était simplement un signe religieux porté par les hommes et les femmes, le porter ou pas resterait une affaire privée. Mais le voile dont on discute aujourd'hui n'est pas un signe religieux. Il est la marque concrète de l'oppression des femmes, de tout un conditionnement pour faciliter la fabrication d'épouses et de mères sans autre droit que celui d'obéir à leur seigneur et maître, recluses à la maison, comme l'étaient, il n'y a pas si longtemps, les bonnes soeurs envoyées, consentantes ou non, dans les couvents. Ce sort réservé aux femmes n'est pas propre à la religion musulmane, c'est le lot réservé aux femmes dès lors que les Églises retrouvent du pouvoir -officiel ou imposé dans les moeurs- sur une communauté humaine.

De tout temps, les hiérarchies religieuses se sont opposées aux libertés des femmes. Les intégristes juifs, les hommes bien sûr, récitent chaque matin une prière dans laquelle ils remercient leur dieu de ne pas les avoir fait naître femmes! Quant au pape et à toute la hiérarchie de l'Église catholique, les femmes ont dû les combattre pour imposer leurs droits. Quand, au début des années 1950, les techniques d'accouchement sans douleur furent mises au point, le pape et ses représentants les interdirent au prétexte qu'il serait écrit dans la Bible "Tu enfanteras dans la douleur". De même, ils se sont opposés -et s'opposent encore- au divorce au titre que "L'homme ne peut pas séparer ce que dieu a uni", à la contraception au nom du "Croissez et multipliez", à l'interruption volontaire de grossesse sous prétexte que l'embryon serait une personne dès sa conception et même à l'utilisation du préservatif, y compris en connaissance des ravages provoqués par le Sida.

La loi en préparation contre le port d'insignes religieux à l'école, quelles que soient les arrière-pensées du gouvernement et de la majorité de droite, sera-t-elle un point d'appui pour celles et ceux qui, en s'opposant au voile, combattent l'oppression des femmes? Cela reste à voir en fonction des multiples amendements dont elle ne manquera pas d'être assortie. Ce qui est certain, c'est que le combat contre les intégrismes religieux est loin d'être terminé. Et quand ces idées réactionnaires tirent la société en arrière, il est de notre devoir de leur livrer bataille avec la plus grande énergie.