A propos du 11 novembre : Les fusillés pour l'exemple de 14-1813/11/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/11/une1841.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

A propos du 11 novembre : Les fusillés pour l'exemple de 14-18

Il y a 85 ans, prenait fin la Première Guerre mondiale, cette boucherie impérialiste qui fit périr 13 millions d'hommes, femmes et enfants, sans parler des centaines de milliers de blessés et de mutilés. En France, comme chaque année, à l'occasion du 11 novembre, les autorités politiques et militaires sont allées verser une larme sur les 1,5 million de morts du côté français. Elles leur rendent hommage avant tout pour leur avoir si bien servi de chair à canon dans le cadre de leurs règlements de comptes avec leurs rivaux impérialistes.

L'hécatombe que produisit la guerre de 14-18 reste présente, ne serait-ce qu'au travers des dizaines de noms inscrits sur les monuments aux morts dans le moindre petit village. Mais parmi les horreurs commises par les responsables militaires et politiques, les fusillades de soldats "pour l'exemple" ou pour refus d'obéissance restent moins connues. Des hommes, par centaines, ont été envoyés au peloton d'exécution quelques heures après une mascarade de procès militaire. Quelques films, qu'on ne saurait trop recommander, en ont porté témoignage comme Pour l'exemple ou Les Sentiers de la gloire réalisé en 1958 et sorti en France uniquement en 1975, qui raconte l'histoire des fusillés de Souain.

Il est heureux que cette année, en rupture avec les propos convenus et cocardiers, certaines chaînes de télévision, après avoir passé la série Les Thibault, ait rediffusé Le Pantalon. Et si l'on n'a pu voir ce téléfilm, il reste le livre poignant d'Alain Scoff dont le film a été tiré, qui rapporte la véritable histoire de Lucien Bersot, fantassin sur le front de l'Aisne en février 1915. Ce soldat vêtu en plein hiver d'un pantalon de toile reçut, à la suite de ses réclamations, le pantalon maculé de sang d'un mort. Il fut exécuté pour avoir refusé d'obéir à son supérieur qui lui ordonnait de le revêtir.

Enfin, après un premier passage à une heure très tardive le 9 novembre, un excellent documentaire intitulé Fusillés pour l'exemple doit être rediffusé ce dimanche 16 novembre à 16 heures sur France 5. En moins d'une heure, de façon très claire et émouvante, en s'appuyant sur les recherches effectuées par l'ancien directeur du service historique de l'armée de terre, les auteurs retracent comment, au fil de la guerre, 2 400 soldats français furent condamnés à mort dont 550 passés par les armes "pour l'exemple" sur ordre d'officiers français.

Ainsi, en novembre 1914, non seulement les soldats ne sont pas à Berlin comme le leur avait promis la propagande officielle mais ils sont englués dans le froid et la boue, vêtus de pantalons d'été puisque la guerre devait être courte et joyeuse. Pour tenter d'échapper à une mort inéluctable, de nombreux soldats se mutilent. L'état-major décide alors, avec l'aval des hommes du gouvernement, de répondre à l'effroi du combattant par une terreur plus grande encore, instaurant des cours martiales qui condamnent à mort des dizaines d'hommes.

Fin 1915 et pendant toute l'année 1916, la machine militaire poursuit son travail de répression contre les désertions qui se multiplient. En 1917, des dizaines de milliers de soldats refusent de monter au front, notamment près du Chemin des Dames comme le montre le documentaire, certains aux cris d'"À bas la guerre"ou "Vive la révolution".

Il faut voir ce réquisitoire qui rappelle comment des généraux comme Joffre, Nivelle ou Pétain et leurs sous-fifres ont accompli leur tâche de fusilleurs au service de la guerre impérialiste.

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