Loukas Karliaftis

13 Novembre 2003

Loukas Karliaftis est mort, à Athènes, le 25 octobre, à l'âge de 98 ans. Né en 1905, Loukas (connu dans le mouvement ouvrier sous le nom de Kostas Kastritis) fut de cette génération qui, au lendemain de la Première Guerre mondiale, enthousiasmée par la Révolution russe, rejoignit le mouvement communiste. C'est en 1921, à l'âge de 16 ans, qu'il adhéra au jeune Parti Socialiste Ouvrier, qui allait devenir le Parti Communiste de Grèce. Il suivit ensuite rapidement la tendance dite "archéomarxiste", qui quitta le PC et fut un des premiers courants hors d'URSS à se rapprocher de l'Opposition de Gauche soviétique. Quelques années plus tard la majorité des archéomarxistes s'éloigna de Trotsky mais Loukas rejoignit, avec d'autres, le groupe formé autour de Pantelis Pouliopoulos. Pouliopoulos, qui avait été secrétaire général du PC, fut un des rares dirigeants de l'Internationale Communiste, déjà bureaucratisée, à rejoindre le combat de Léon Trotsky contre la dégénérescence stalinienne.

Au milieu des années trente, la Grèce entra dans une période de bouleversements: mobilisation ouvrière de l'année 1936, dictature du général Metaxas de 1936 à 1941, occupation allemande de 1941 à 1944, guerre civile de 1946 à 1949. Au travers de ces événements, le mouvement trotskyste fut décimé. Des dizaines de militants (Loukas Karliaftis en recense plus de 150 dans une brochure qu'il dédia par la suite à ses camarades) furent assassinés, certains par les fascistes (comme Pouliopoulos) mais la plupart par les staliniens, qui profitèrent des circonstances de la Libération pour les éliminer.

Loukas, qui avait passé plusieurs années dans un camp de concentration en Grèce, survécut à cette hécatombe. Il chercha alors à récréer une organisation unifiée. Mais, dans les années qui suivirent, le mouvement trotskyste se divisa et Loukas resta dès lors dans un tout petit groupe sans influence. Il continua à publier un petit journal, L'Internationaliste, jusqu'à ce que la maladie l'en empêche.

Loukas Karliaftis, comme d'autres de sa génération, n'aura pas vu naître le parti révolutionnaire pour lequel il a combattu. Mais en restant fidèle, pendant les 82 années de sa vie militante, aux idées du communisme révolutionnaire, il aura contribué à ce qu'elles survivent quand il était "minuit dans le siècle". Et nous garderons le souvenir de ce militant qui, dans les dernières années de sa vie, avait fait plusieurs fois l'effort de venir de Grèce pour nous rencontrer à l'occasion de la fête de Lutte Ouvrière, et qui est resté, jusqu'à la fin, fidèle à ses idées.