Suppression d’un jour férié : solidarité à sens unique

05 Novembre 2003

Pour financer un plan d'aide aux personnes âgées, Raffarin avait fait appel à la «solidarité du coeur». En proposant la suppression d'un jour férié -le lundi de Pentecôte- le gouvernement a une notion bien particulière de la solidarité. Elle n'est demandée qu'aux salariés et retraités, alors que le patronat profiterait pour moitié des recettes escomptées, puisqu'on ne lui demanderait de reverser qu'entre 0,2 et 0,25% sur les 0,45% de la masse salariale annuelle que rapporte une journée de travail! Pour les travailleurs, cet appel à la solidarité a plutôt le goût du racket.

Mais, même dans le camp gouvernemental, la «fuite» sur le lundi de Pentecôte orchestrée par Fillon, le ministre des Affaires sociales, a déclenché des controverses. Il lui est reproché d'avoir dit que la suppression d'un jour férié était décidée alors que, selon Raffarin, rien n'était tranché. D'autres, se faisant les porte-parole des métiers du tourisme, entre autres, critiquent cette mesure et proposent d'autres choix pour récolter des fonds: pourquoi ne pas augmenter le prix du timbre, selon Nicole Fontaine, ou encore la CSG?

Mais le comble est que, si l'on travaille un jour de plus gratuitement, rien ne dit que l'argent ira aux personnes âgées. Francis Mer, le ministre de l'Economie, en propose une tout autre utilité: la Commission de Bruxelles reproche à la France d'avoir trop de déficit et lui demande de faire un effort équivalant à 1% du PIB, soit 1,5 milliard d'euros. Or, la suppression d'un jour férié devrait faire rentrer dans les caisses de l'État entre 1,6 et 1,9 milliard d'euros. Alors, pourquoi chercher plus loin...

Va-t-on nous rééditer le coup de la vignette automobile, instituée en 1956 en principe pour venir en aide aux vieux travailleurs, mais détournée de son objectif pour remplir les caisses de l'État?