Salaires des patrons : À la mesure des profits24/10/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/10/une1838.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Salaires des patrons : À la mesure des profits

Les députés ont mis sur pied une "commission d'information sur les salaires des dirigeants". L'audition de Messier, l'ex-PDG du trust Vivendi-Universal, a été un vrai numéro où il a déclaré, à propos des 20,6 millions d'euros de prime de départ contestés par ses successeurs: "Ces indemnités, j'en ai besoin. Je suis endetté. Je n'ai pas de ressources personnelles autres. Pour payer mes avocats, j'ai hypothéqué ma maison"! On ne nous dit pas si les présents ont alors sorti leurs mouchoirs.

Bien sûr une telle somme, qui représente plus de 10000 années de Smic, a de quoi scandaliser, et avant tout les travailleurs de Vivendi et les consommateurs d'eau sur lesquels la fortune de Vivendi s'est faite. Mais elle scandalise en l'occurrence aussi les petits actionnaires de cette entreprise, qui ont vu s'effondrer le dividende et le cours de leurs actions, alors que Messier partait avec un pactole. Ceux-là réclament vengeance et voudraient que Messier ne s'en sorte pas à si bon compte. En créant cette commission qui ne débouchera sur rien, la droite cherche à donner une satisfaction toute morale à tous les petits actionnaires qui, pour nombre d'entre eux, forment une partie notable de son électorat.

De telles indemnités et de tels salaires de PDG sont pourtant la règle, en France comme ailleurs dans les pays riches, et sont toujours à la mesure des affaires brassées par les immenses entreprises concernées. Et ils sont tout autant scandaleux lorsque les affaires vont bien que lorsqu'elles vont plus mal. Seulement, lorsqu'elles vont bien, tous les actionnaires, petits et grands, en profitent. Et personne parmi les petits actionnaires ne trouve alors à redire ni aux salaires des dirigeants, ni aux garanties qui leur sont consenties en cas de départ. Les profits annuels de TotalFinaElf, par exemple, représentent encore dix mille fois les 2,4 millions d'euros du salaire d'un Desmarest, son PDG, et les petits actionnaires en ont leur part.

En revanche, que les résultats d'un de ces trusts deviennent négatifs, durant une année ou pour une plus longue période, suite à des fusions coûteuses comme dans le cas de Vivendi, et la différence entre les gros et les petits actionnaires devient évidente. Si ces derniers sont privés de dividende et voient le cours de leurs actions chuter, les gros actionnaires des banques et des circuits financiers, eux, ont bien d'autres moyens de continuer à bénéficier des affaires de l'entreprise concernée, par le biais des commandes, des emprunts consentis, des bénéfices tirés des restructurations de l'entreprise, qui sont parfois à l'origine même des difficultés temporaires, et de bien d'autres manières. Et si ce n'est pas les actionnaires eux-mêmes qui en ont bénéficié, ce sont leurs compères des mêmes réseaux financiers auxquels tout ce petit monde appartient. En conséquence, ces gens-là se tiennent les coudes et trouvent normal de garantir, en cas de difficulté, ces "parachutes dorés" décriés par les petits actionnaires.

Ce sont les gros actionnaires au sein des conseils d'administration qui décident des salaires et des conditions d'embauche de leurs hommes de main. Messier clame son dévouement à son groupe, qui l'obligeait selon lui à travailler "18 heures sur 24". Un Messier et ses semblables doivent effectivement être dévoués corps et âme aux gros actionnaires qu'ils servent. Les rémunérations substantielles et scandaleuses qu'ils touchent ne sont encore que des miettes, comparées aux profits de ceux-ci.

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