Pas besoin d'avoir quelque chose à dire pour écrire dans Le Monde

24 Octobre 2003

Dans ce journal qui se veut si sérieux qu'est Le Monde, en date du 17 octobre, deux pleines pages sont consacrées à la défense de Lila et Alma Lévy et à la défense du port du voile à l'école.

Dans un article intitulé "Voile au lycée: Non à l'intolérance!" , on y lit, sous la plume d'un certain Jean-Fabien Spitz, présenté comme un "professeur de philosophie politique" (!): "S'il est permis de se couvrir entièrement le visage parce que l'on est atteint d'une maladie de peau (par exemple), on doit aussi pouvoir le faire pour tout autre motif y compris religieux. (...) Volontaire ou pas, le port du voile ne nuit pas à autrui et c'est l'essentiel." Dans un autre article, sous le titre "Une honte pour l'école laïque", Daniel et Gabriel Cohn-Bendit, après avoir rappelé qu'ils sont athées et libéraux libertaires convaincus, proclament avec ce qu'ils estiment sans doute être de l'humour: "C'est dans la tête que se grave la soumission des femmes, et non sur la tête avec le foulard". Quant à un journaliste des Inrockuptibles, Arnaud Viviant, il déclare: "Le port du string au lycée et le port du voile au lycée sont la même chose mais spectaculairement renversée".

On serait tenté d'inviter tous ceux-là à faire un tour dans les cités et les lycées de banlieue pour s'y frotter un peu à la réalité, aux petits caïds, aux mariages forcés et à toutes les pressions qui s'y exercent sur un certain nombre de jeunes filles et jeunes femmes d'origine maghrébine. Mais ils n'en tireraient probablement rien, uniquement préoccupés qu'ils sont de s'écouter parler et se regarder écrire, sourds et méprisants à l'égard de tout ce qui est étranger à leur petit milieu faussement intellectuel. Trois jours durant, Le Monde a rempli de longues pages pour s'interroger sur la tolérance et le voile. Mais pas une ligne pour dire les jeunes filles des cités violentées et traitées de "putes" parce qu'elles refusent de se laisser emprisonner sous le voile.

Comme l'a déclaré Josiane Balasko à la conférence de presse: "J'appartiens à une génération qui s'est battue pour les libertés des femmes, et les générations d'avant s'étaient battues elles aussi. Si ça continue, les jeunes filles d'aujourd'hui ne pourront pas en profiter. C'est un recul et cela concerne tout le monde".

Nous sommes de ceux qui adhèrent à ce combat, un des combats qui restent à mener et à gagner pour qu'hommes et femmes vivent enfin en harmonie à l'échelle de toute la planète.

S. G.