Rapatriement des capitaux et cadeaux pour les riches18/09/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/09/une1833.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Rapatriement des capitaux et cadeaux pour les riches

Une idée semble à la mode ces temps-ci chez les gouvernements occidentaux: faire revenir les capitaux dans leur pays à coups d'incitations fiscales. Après la Belgique, l'Italie, le projet est à l'étude en France.

En Belgique, ceux qui avaient placé leurs capitaux notamment au grand-duché de Luxembourg pour échapper à la fiscalité belge qu'ils jugeaient excessive, se voient quasiment "amnistiés": leurs capitaux, s'ils acceptent de les rapatrier d'un compte luxembourgeois à un compte belge, ne seront taxés qu'à 9%, et à 6% seulement s'ils consentent à les réinvestir en Belgique dans des actions, des projets immobiliers ou des assurances-vie. Le ministre des Finances serait prêt à aller plus loin encore et à faire tomber la taxe à 3%, mais il rencontre une certaine opposition dans le pays. Quoi qu'il en soit, la mesure avantage bien évidemment ceux qui avaient su utiliser toutes sortes de combines pour ne pas avoir à payer normalement leurs impôts et elle est accueillie très favorablement par les banquiers et les gestionnaires de fortunes belges...

En Italie, la mesure mise en place depuis deux ans déjà, après l'arrivée de Berlusconi, est encore plus avantageuse: ceux qui acceptent de rapatrier leurs capitaux doivent signer une simple déclaration aux autorités, via une banque ou une société intermédiaire chargée de la transaction, et s'acquitter d'une taxe représentant 2,5% de la somme totale déclarée.

L'argent ainsi exporté à l'étranger, selon les estimations, représente des sommes colossales: 160 milliards d'euros environ pour la Belgique; 360 milliards d'euros pour l'Italie -ce qui équivaut à peu près au budget de la France! On peut imaginer qu'il représente des sommes du même ordre en France!

Jusqu'à présent, en Italie, 59 milliards d'euros seulement seraient revenus. Les capitalistes, à la recherche de bons placements, trouvent plus juteux d'abriter leur argent dans des paradis fiscaux plutôt que de le ramener dans leur pays d'origine. Comparé à ce que d'autres placements rapportent, "l'amnistie" n'est jamais vraiment assez incitative pour convaincre les capitalistes de rapatrier tous leurs capitaux.

En réalité, les moyens techniques existeraient pour surveiller le mouvement des capitaux, décortiquer les différentes transactions, savoir où se font les placements divers. La question du contrôle n'est pas technique. Elle est politique. Pour disposer des milliards d'euros placés on ne sait où, il faudrait exercer un contrôle rigoureux des richesses des capitalistes. Ce n'est pas sur le bon vouloir de ces gens-là, ni sur le personnel politique qui dirige les États et veille à ne pas léser les riches, qu'il faut compter pour cela.

En revanche, les employés qui travaillent dans les banques pourraient maîtriser le mouvement des capitaux. Et les travailleurs qui créent les richesses auraient tous les moyens d'exercer le contrôle afin que soit restitué à la collectivité l'argent que les capitalistes ont volé!

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