"L'identité communiste" version Buffet

18 Septembre 2003

La fête de l'Humanité a été, une fois de plus, un succès. Malgré ses reculs électoraux, le PCF reste capable de réunir plusieurs centaines de milliers de participants à sa fête, qui est toujours la plus importante des fêtes populaires organisées par un parti politique. Il reste capable de susciter cet énorme dévouement bénévole, même s'il est secondé par des professionnels, sans lequel l'énorme machine de la fête de l'Humanité ne pourrait fonctionner. La "fête de l'Huma" démontre que l'influence électorale et le rayonnement politique dans les classes populaires ne sont pas la même chose.

Le Parti Socialiste, qui se pose en plus grand parti de la gauche et comme seule alternative électorale face à la droite, ne serait pas capable d'organiser un tel rassemblement, et d'ailleurs, il ne s'y risque pas.

Si la fête de Lutte Ouvrière attire chaque année des dizaines de milliers de participants des milieux populaires, si sa composition sociale est identique, elle ne peut rivaliser avec le nombre de participants de celle de l'Humanité. Signe, parmi bien d'autres, que le courant révolutionnaire communiste doit encore conquérir une audience populaire bien plus large, que les élections à elles seules ne peuvent exprimer.

Ce n'est cependant pas sur la base de sa politique actuelle que le PCF a conquis une telle audience qui, pendant longtemps, a fait sa force. La politique de sa direction dilapide, au contraire, le crédit que le PCF a hérité du passé, décourage ses militants et accélère sa perte d'influence politique.

Malgré les conséquences catastrophiques de la participation du PCF au gouvernement Jospin, dont il ne finit pas de subir le discrédit, sa direction n'a pas d'autre choix à offrir à ses militants, à ses sympathisants et aux travailleurs en général, que de recommencer la même politique.

Dans son discours, Marie-George Buffet, la présidente du Parti Communiste, pour répondre à ceux qui lui demandaient si le PC se tournerait vers le PS ou vers l'extrême gauche en mettant Bové dans cette dernière, a proclamé: "Nous ne sommes ni PS, ni extrême gauche, nous sommes communistes". Mais que propose-t-elle donc? Rien de précis, uniquement pour gagner du temps, mais ce sera inéluctablement l'alignement derrière le Parti Socialiste, qui recueille certes ses voix en partie parmi les travailleurs mais beaucoup plus dans la petite bourgeoisie. Et surtout qui, chaque fois qu'il est au pouvoir, gouverne au service de la bourgeoisie.

La politique du PCF se ramène uniquement à sa stratégie électorale. Le PCF sait que, sans alliance avec le PS, il n'aura presque aucun élu. Mais l'angoisse de ses dirigeants est que, s'il ne fait pas la preuve de son influence électorale, le Parti Socialiste ne lui fera aucune place. Or pour faire cette preuve, il faut se présenter séparément, ce qui peut conduire alors à une déconfiture totale. Mais quel crédit les travailleurs peuvent-ils accorder à une "identité communiste" qui ne résistera pas à l'appât de quelques sièges régionaux ou européens?

Les attaques brutales du gouvernement contre les classes laborieuses exigent une réaction de défense du monde du travail. Or, le PCF refuse une telle politique. Car il est évident que si un jour le PS revenait au pouvoir et s'il prenait, de nouveau, des ministres communistes, ce serait pour leur faire cautionner une politique de trahison des intérêts ouvriers qui ferait perdre au PCF encore plus de crédit politique parmi les travailleurs.

L'évolution du PCF concerne l'ensemble de la classe ouvrière. Les travailleurs ont besoin d'un parti politique qui défende leurs intérêts politiques et sociaux et qui ne soit pas prêt à les trahir pour une participation ministérielle.

Ce parti ne pourra donc pas se faire avec la direction du PCF et la politique qu'elle incarne. Il aura cependant besoin de ceux de ses militants pour qui l'émancipation des travailleurs du joug du grand capital et le communisme ne sont pas des mots creux.

Arlette LAGUILLER