Synthron Château-Renault (37) - Profits et pollutions

18 Juillet 2003

Les travailleurs de Synthron, à trente kilomètres de Tours, ont bloqué l'usine et empêché toute production pendant quatre jours, du 30 juin au 3 juillet. Ce coup de colère est dû aux risques permanents que courent les ouvriers dans cette usine très dangereuse. Ils demandaient aussi une augmentation de 150 euros de leur prime d'astreinte.

Synthron fabrique des produits chimiques entrant dans la composition de peintures, de lessives, de solvants, etc. Les nuisances pour la population alentour sont dues aux odeurs émises toute l'année, mais surtout aux risques de nuage toxique en cas d'incendie. De 1963 à 1987, 56 pollutions ont eu lieu. Un travailleur qui y travaille depuis 1975 raconte qu'il n'a jamais vu les installations être aux normes. Huit cents produits dangereux y sont répertoriés.

Même si elle a changé de nom, l'ex-Protex est de sinistre mémoire dans la région depuis, qu'en 1988, une explosion avait déclenché un incendie qui avait détruit l'usine. Un ouvrier avait été gravement blessé et un nuage composé d'ammoniac et d'oxyde d'azote s'était formé. Les eaux d'extinction de l'incendie, chargées de substances toxiques (phénol, arsenic, chrome, cyanure) s'étaient déversées dans la Brenne et dans la Cisse et, de là, dans la Loire où est pompée l'eau potable de l'agglomération tourangelle. La population de Tours avait été privée d'eau pendant cinq jours.

En 1980, les pompiers avaient signalé l'absence de bassin de rétention pour les eaux d'extinction. Les autorités qui avaient demandé à ce qu'un tel bassin soit construit se sont contentées de l'explication du directeur invoquant le "surcoût" que les travaux représentaient.

Des travaux d'extension de l'usine ont eu lieu depuis. L'usine est maintenant classée "Seveso 2", à hauts risques donc. La vigilance quant aux conditions de sécurité devrait donc y être particulièrement forte. Dans les jours qui suivirent l'explosion d'AZF en 2001, Synthron avait fait une campagne de communication pour tenter de modifier son image et montrer qu'elle se préoccupait vraiment de prévenir les risques d'accident.

"Nous avons tiré les leçons de 1988" déclarait le directeur, mais quelques jours plus tard, une fuite de dichlorure de soufre semait la panique à Château-Renault, où la population a dû rester confinée et ne plus sortir. L'accident n'a pas eu de conséquences dramatiques.

Une inspection de la DRIRE a eu lieu et pointé de nouveau de nombreux manquements aux règles de sécurité. Un énième arrêté préfectoral de "mise en demeure" pour la mise aux normes dans un délai de trois mois a été édicté, mais il n'a jamais été appliqué. Le préfet préconiserait plutôt le "dialogue" et le "partenariat" ce qui signifie, dans le cas présent, qu'il n'est pas question de gêner les patrons pollueurs.

Dans ce contexte de dégradation des conditions de travail, ce sont les nouvelles recommandations de mise en conformité faites par la DRIRE qui ont décidé les travailleurs à faire jouer leur droit de retrait. La direction répétait, quant à elle, qu'elle ne pouvait tout faire immédiatement en raison du coût des travaux et elle refusait de reconnaître le droit de retrait du personnel le considérant en grève.

Une nouvelle visite de l'inspection du travail pendant le blocage a confirmé les exigences du personnel. Celui-ci a débloqué les accès et repris le travail quand le patron s'est engagé à faire tous les travaux nécessaires d'ici deux mois.