L'inauguration d'un centre nautique à Angoulême : " les notables savent nager, les jeunes peuvent se noyer ! "

06 Février 2003

Vendredi 31 janvier, Raffarin devait venir à Angoulême inaugurer un centre nautique tout neuf. Il a préféré se faire remplacer par le ministre des Sports, Lamour. Une manifestation d'enseignants, notamment d'éducation physique et sportive, tenue à distance par le déploiement des forces de police, a protesté contre le fait que les collégiens et les lycéens n'ont plus accès à une piscine depuis l'ouverture l'été dernier de ce centre nautique baptisé " Nautilis "... Une de leurs banderoles disait " Les notables savent nager, les élèves peuvent se noyer ".

Depuis des mois, des pétitions portant des milliers de signatures, les protestations des associations de parents d'élèves, des motions d'établissements scolaires unanimes n'ont pas fait changer d'avis les notables de droite, mais aussi de gauche, impliqués dans cette réalisation.

Avant l'ouverture de Nautilis, il existait trois piscines à Angoulême. L'une, plutôt ancienne et à ciel ouvert, centrale et d'accès bon marché, les deux autres (Montauzier et Ma Campagne) couvertes, situées dans des quartiers populaires et mises gratuitement à la disposition des scolaires.

Au moment de l'ouverture de Nautilis, la municipalité d'Angoulême, dont le maire, Philippe Mottet, est UMP, a tout bonnement décidé de fermer ces trois piscines ! Mais l'accès à Nautilis a été rendu payant même pour les scolaires, avec des tarifs élevés.

Nautilis a pourtant été réalisé avec les deniers publics et financé par les collectivités locales (communes de l'agglomération d'Angoulême, Conseil général de la Charente et Conseil régional). Le projet a coûté fort cher - il est passé de 120 millions de francs au départ à près de 200 millions de francs en fin de travaux. Nautilis est géré par la Communauté d'agglomération des communes d'Angoulême, dont le président n'est autre que le maire d'Angoulême, auquel sont étroitement associés, comme vice-présidents, des maires de communes périphériques dont beaucoup sont socialistes.

Pour rechercher la rentabilisation de Nautilis, l'ensemble de ces élus a approuvé unanimement l'entrée payante pour les collégiens et les lycéens, pour ne rien dire des tarifs élevés qui sont un obstacle pour les jeunes des milieux populaires.

Or ni la Région dont dépendent les lycées, ni le Conseil général dont dépendent les collèges ne veulent fournir les sommes demandées par Nautilis pour que ces élèves accèdent aux bassins.

Philippe Mottet argue que la Communauté d'agglomération n'a pas la " compétence scolaire ". Le président du Conseil général, UMP lui aussi, Jacques Bobe, a le cynisme d'affirmer que " le Département reste très attaché à un principe de gratuité qui n'a jamais connu d'exception en Charente ". Et tous de se refiler la patate chaude.

On voit là les effets de la décentralisation prônée par Raffarin et Chirac : les cliques de notables, à la tête qui d'une Communauté d'agglomération, qui du Département ou de la Région, refusent de débourser les deniers nécessaires. Et ce sont les jeunes, c'est la population qui sont sacrifiés.

Ce n'est pourtant pas l'argent qui leur manque... dès qu'il s'agit de subventionner des projets favorables au patronat : à titre d'exemple, la Communauté d'agglomération vient de livrer une usine clé en main à un patron, sur le site de l'usine Porcher, qui avait fermé, pour 1 400 000 euros. Et le Conseil général d'accorder 640 000 euros aux Papeteries de la Couronne pour fusionner les deux sites de production de La Couronne et Roullet. Soit respectivement quelque trente fois et quinze fois le coût estimé de l'accès des scolaires à Nautilis. Sur ce point de financer avec l'argent public des intérêts privés, ils ne rivalisent que d'obséquiosité et d'empressement.

Il n'est pas dit que le véritable scandale que constitue Nautilis ne suscite pas une indignation grandissante. Les scolaires doivent pouvoir accéder gratuitement aux installations sportives ; il ne doit pas exister de discrimination par l'argent, en particulier pour les jeunes. L'argent public doit aller à la population, et non être légalement détourné vers les milieux patronaux.