Le "programme" du milliardaire Le Pen

03 Mai 2002

Le Pen a-t-il un programme ? Bien imprudent celui qui peut le croire, tant les démagogues de son espèce sont capables de dire tout et son contraire. Quand Le Pen, avant même le premier tour de l'élection présidentielle, s'est écrié: «Je suis socialement de gauche, économiquement de droite et, plus que jamais, nationalement de France», il fallait traduire: je veux attirer sur mon nom les votes populaires, pour mener une politique qui soit favorable à la bourgeoisie; et pour cela, je flatte les préjugés des électeurs les moins conscients, ceux du racisme et de la xénophobie.

Et tout le prétendu programme de Le Pen est de la même eau. Derrière la pro messe de « rendre la parole au peuple », il y a l'organisation de quelques référendums choisis, sur l'immigration et la peine de mort par exemple. La défense de la famille se résume à une politique nataliste et à l'interdiction de l'interruption volontaire de grossesse. « Un enseignement de qualité » et « la liberté de choix des parents », traduire plus de subventions à l'enseignement privé et confessionnel.

Quand il s'agit de nationalisme et de xénophobie, les choses deviennent alors tout à fait claires. Expulsion de tous les clandestins, dit Le Pen, abrogation du regroupement familial, restriction du droit d'asile, réintroduction dans la Constitution de la préférence nationale en matière d'emploi, de logement et d'aides sociales.

Les problèmes sociaux, Le Pen dit vouloir les résoudre. Mais ce sera à sa façon, en divisant la classe ouvrière entre les travailleurs français et les autres. Fou celui qui se laisserait prendre à de tels propos. Il serait alors comme un boxeur à qui on aurait coupé un bras.

Les travailleurs ont les mêmes intérêts quelles que soient leur nationalité et la couleur de leur peau, face à un patronat qui, lui, ne fait pas de différence. C'est pourquoi toute division dans les rangs ouvriers ne peut être qu'un cadeau fait à la bourgeoisie.

Ces imbécillités nauséabondes véhiculées par l'extrême droite font partie de son fonds de commerce; mais quand celles ci sont reprises par Chirac, voire parfois par des politiciens de gauche, cela tend à prouver que les frontières ne sont pas toujours étanches entre ceux qui brutalement, ou plus hypocritement, s'en prennent à la fraction la plus démunie des travailleurs, les immigrés.

Il y a des différences entre l'extrême droite, la droite, ou la gauche gouvernementale. Mais ces différences ne se situent pas toujours sur les objectifs généraux que les uns et les autres poursuivent, mais plutôt dans leur démagogie, et dans la manière dont ils s'en prennent ou s'en prendront aux travailleurs. L'extrême droite, si elle le peut, fera tout pour briser les droits démocratiques dont disposent les travailleurs : droit de grève, de réunion, de presse, et d'autres encore. C'est en cela que Le Pen est un ennemi féroce des travailleurs. Féroce pour les travailleurs, mais à plat ventre vis-à-vis des grands patrons, tout comme le sont Chirac et les politiciens socialistes.

Les similitudes que l'on trouve dans tous les programmes viennent de là, de ce positionnement social en faveur du patronat. Sur les retraites, les salaires, la fiscalité, l'attitude envers les fonctionnaires, bien des ponts existent entre les mesures proposées par l'extrême droite et celles que préconise la droite. Sans oublier que le « dégraisser le mammouth » d'Allègre n'a pas dû déplaire à Chirac, ni à Le Pen.

Alors oui, il faut « barrer la route au Front National », mais le rempart ne peut pas être Chirac, ce représentant de la grande bourgeoisie, d'ailleurs soutenu maintenant officiellement par le Medef