Contre Le Pen, mais pas pour Chirac : Une enveloppe vide dans l'urne

03 Mai 2002

Tous les partis de la gauche plurielle, cette gauche qui dirige encore le gouvernement, se sont enchaînés eux mêmes derrière le char de Chirac pour lui faire un triomphe.

François Hollande, le premier secrétaire du PS, a dit que le 5 mai doit être « un référendum contre l'extrême droite » et que Chirac ne sera pas élu sur son programme, mais « sur un mandat simple qui sera d'écarter toute dérive d'extrême droite ». Pourtant, au premier tour, il y a déjà eu un référendum contre Le Pen puisque 80 % des votants n'ont pas voté pour lui.

Pour Hollande, à partir du 6 mai « le choix entre la gauche et la droite reprendra toute sa valeur ». On ne peut mieux se moquer des idées qu'on peut mettre au vestiaire un jour et reprendre le lendemain.

Chirac pourrait être largement élu avec les voix de la droite, sans celles de la gauche. Mais en faisant cette campagne, le PS, le PC et les Verts évitent d'avoir à discuter leur politique passée. Si Chirac gagne avec un pourcentage écrasant, la différence politique entre la droite et la gauche socialiste sera bien faible. De fait, c'est la gauche elle même qui l'affirme.

C'est pour cinq ans que Chirac sera élu. Et son programme, il y tient et le répète dans chaque meeting, est loin d'être favorable aux travailleurs. S'il est élu avec leurs voix, il pourra dire « Vous avez à 80 % voté pour moi et pour mon programme ».

Si, dans cinq semaines, au soir des législatives, une majorité de gauche est envoyée à l'Assemblé nationale, ce sera une nouvelle cohabitation, mais peut être pas pour longtemps car Chirac, qui a la dissolution facile, pourrait très bien renvoyer les députés de gauche devant les électeurs.

Et pourquoi ne sortirait-il pas des législatives une majorité de droite, puisqu'il y aura des candidats de Le Pen partout et que le même raisonnement pourrait faire dire qu'il faut faire front contre Le Pen en se rassemblant derrière les candidats du Président.

Si les voix de Le Pen ont augmenté, c'est bien parce que le gouvernement de la gauche plurielle n'a pas su répondre aux aspirations du monde du travail.

Le chômage ne fait pas monter que la délinquance, il fait aussi monter la peste brune. Chirac et Jospin ont fait une grande partie de leur campagne sur l'insécurité, ils ont repris les thèmes chers à Le Pen et une partie des électeurs a préféré l'original aux copies.

Alors dimanche, Le Pen ne doit absolument pas avoir de voix des travailleurs. Il faut que tous ceux qui ont voté pour lui au premier tour comprennent que ce serait dramatique que l'extrême droite devienne une force importante.

Le Pen fait sa campagne contre les immigrés, contre les étrangers mais en fait, parsemée de quelques propos démagogiques pour les ouvriers, il est fondamentalement contre tous les travailleurs.

Il faut se souvenir qu'aussi bien les fascistes italiens que les nazis allemands tenaient, parmi tous leurs slogans réactionnaires et racistes, des propos tirés du programme des socialistes.

Alors il ne faut pas penser qu'à dimanche, il faut penser à ne pas compromettre l'avenir. Que Chirac soit élu avec les voix des travailleurs, les voix de toute la gauche, ou qu'il soit élu seulement avec les voix de la droite, cela peut changer l'avenir.

C'est pourquoi nous disons qu'il faut aller voter dimanche. En se gardant de le faire pour Le Pen, mais sans contribuer à plébisciter Chirac car, après, il se servirait de nos voix pour justifier une politique antiouvrière et propatronale.

Le Parti Socialiste n'est pas trop gêné de cela car ce qu'il regrette c'est ses places. Mais le sort des travailleurs il s'en moque. Il l'a montré pendant cinq ans au gouvernement et il le montrera à nouveau, s'il sort une majorité de gauche des élections législatives de mai.

Pas une voix pour Le Pen ! Mais une enveloppe vide en guise de vote pour Chirac.

Arlette LAGUILLER