Chirac ne se cache même pas d'être l'homme du patronat

03 Mai 2002

Jacques Chirac est entré en politique dans les années soixante, épaulé par Marcel Dassault, l'avionneur milliardaire. Ami personnel de la famille Chirac, ce grand patron n'a cessé de protéger son poulain depuis que, jeune énarque, il est entré au cabinet du Premier ministre Georges Pompidou, en 1962. Dès lors, de ministère en ministère, de l'Agriculture à l'Intérieur sous Giscard d'Estaing dans les années soixante-dix, puis au poste de Premier ministre de 1986 à 1988, sous la présidence de Mitterrand, enfin comme président de la République, de 1995 à aujourd'hui, Jacques Chirac n'a cessé de servir les intérêts du grand patronat.

De 1986 à 1988, Chirac, Premier ministre, avait à ses côtés comme ministre de l'Intérieur, Charles Pasqua, qui s'était distingué par sa politique autoritaire à l'égard des immigrés en expulsant des travailleurs maliens en charters et en réformant le Code de la nationalité. Le gouvernement de Chirac s'est ainsi illustré par une politique qui a provoqué une réaction massive des étudiants, en essayant de faire passer la loi Devaquet en décembre 1986, mouvement qui fut suivi par la grève des cheminots. C'est à cette époque qu'a été adopté l'amendement Lamassoure qui limitait le droit de grève dans le service public.

S'étant mis "en réserve", pour préparer la présidentielle de 1995, Jacques Chirac avait apporté tout son soutien à son "ami de trente ans", Edouard Balladur, pour accéder au poste de Premier ministre de mars 1993 à mai 1995, sous la présidence de Mitterrand. C'est le gouvernement de "cohabitation" de Balladur qui s'attaqua ouvertement aux retraites des salariés du secteur privé. Le nombre d'années de cotisations

nécessaires pour une retraite pleine et entière passa de 37,5 à 40 annuités ; tandis que la retraite était désormais calculée non plus sur les 10 dernières mais sur les 25 meilleures années. Ce qui réduisait parfois de façon considérable le montant des retraites perçues.

Pour continuer dans cette même voie visant à remettre en cause les systèmes de retraite, le successeur de Balladur, Alain Juppé, nommé par Jacques Chirac fraîchement élu président de la République, tenta de s'en prendre aux retraites du secteur public, en décembre 1995. Attaque qui ne constituait qu'un volet du "plan Juppé" qui s'en prenait aussi à la Sécurité sociale, l'objectif avoué étant de mettre en place l'encadrement des dépenses de santé.

Après la dissolution de l'Assemblée nationale et l'échec des législatives qui s'en suivirent en juin 1997, un nouveau gouvernement de « cohabitation » avec Lionel Jospin à sa tête, s'installa à Matignon. Celui-ci continua la même politique antiouvrière. Il refusa de remettre en cause les

lois réactionnaires de Pasqua Debré sur l'immigration. Sur le plan social, c'est ce gouvernement Jospin qui mit en oeuvre le plan Juppé concernant les restrictions budgétaires de la santé !

Avant même d'être réélu, le candidat Chirac annonce la couleur à tel point que Le Monde, du 2 mai, précisait dans un article que celui-ci « refuse toute concession à la gauche, malgré son soutien », déclarant ainsi ouvertement la guerre au monde du travail. Le point le plus marquant de son projet est le dossier sur les retraites qu'il présente comme la priorité des priorités de son futur gouvernement. Cela signifie qu'il s'attaquera d'emblée aux retraites des salariés du service public en introduisant les fonds de pension.

Avec son programme antiouvrier, Chirac cherche à faire en sorte que les retraites coûtent de moins en moins cher aux patrons en privilégiant dans les retraites, la part par capitalisation, sur la part par répartition. Les millions d'euros ainsi dégagés se traduiraient immédiatement par un manque à gagner pour les caisses de retraites et permettraient au patronat de spéculer en Bourse. Conséquence : une retraite à deux vitesses pour le monde du travail. Les salariés qui n'auraient pas les moyens d'investir dans ces fonds, c'est-à-dire les plus pauvres, seraient pénalisés et n'auraient plus de quoi vivre dignement comme cela se passe dans bien des pays capitalistes. Par ailleurs, la baisse de l'impôt sur le revenu qu'il préconise constitue un formidable cadeau aux classes les plus riches de la société. Cela aboutirait à vider les caisses de l'Etat et se traduirait inévitablement par des coupes sombres dans les services publics.

En ce qui concerne sa prétendue politique de l'emploi, ce ne sont, là encore, que cadeaux au patronat. Chirac pas plus que Jospin (ou Le Pen) ne souhaite interdire les licenciements. Chirac prétend « lutter contre le chômage » en... « baissant massivement les charges pesant sur les salaires modestes ». Cette chanson connue consiste à favoriser la création d'emplois très mal payés, au détriment de l'emploi en général. Chirac propose enfin de supprimer les charges pour l'embauche des jeunes de moins de vingt-deux ans !

Pas étonnant alors que le Medef, par la voix du baron Seillière, vienne de lui exprimer son soutien implicite. Les travailleurs n'ont rien à attendre de bon de l'homme lige du patronat qu'est Jacques Chirac.

René CYRILLE